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Mardi 13
Mai - Ouagadougou
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| Adolphe
et Louise ! |
Bon, alors voila il est venu le temps des explications
sur le déroulement de notre installation au Burkina
Faso.
Pour cela, je dois revenir briévement sur les conditions
de mise en place du projet en Afrique.
Attention, le texte qui va suivre peut être passionant
pour tout monteur de projet en Afrique mais il pourra ennuyer
certains fanatiques de carnets de route pur et dur.
Si je raconte tout ça, ce n'est en aucun cas pour nuire
aux personnes concernées, mais plutot pour tirer un
bilan sur cette opération et partager cette expérience
avec ceux qui essayent de mener des projets en Afrique et
qui seront amenés à avoir de telles difficultées.
Je tiens également en introduction à ce texte,
à préciser pour ceux qui débarquent dans
le monde de l' "aide" et de la "coopération"
que la situation que je vais décrire ici est loin d'être
exeptionnelle. Pour ceux qui désirent creuser le sujet,
la Direction Suisse de la Coopération et du Développement
(la DDC) publie une série d' "écrits sur
le developpement" dont un des derniers volumes a pour
titre : "Afrique : Quelle coopération pour quel
développement?" .
Il y est souligné, entres autres, qu'en général,
les projets de coopération en Afrique sont peu pérennes.
Donc, avant de débarquer avec nos ordinateurs et de
donner des formations à des jeunes pour qu'ils gagnent
leurs vies avec Internet, c'est une longue histoire...
Tout d'abord intervient la rencontre entre un membre de Ynternet.org,
en général Théo, le directeur de l'association
et un africain actif dans le domaine social, au cours d'une
conférence, d'un séminaire spécifique
à l'informatique ou plus général.
Dans le cas du Burkina Faso, ce contact est Norbert Zongo,
rencontré au second Forum Social de Porto Alegre en
janvier 2002. Les deux hommes sont amenés à
travailler ensemble, et tombent rapidement d'accord pour approfondir
leur coopération. Théo lui présente le
projet et Norbert Zongo devient le "promoteur officiel"
du projet à Ouagadougou. De janvier à l'automne
2002, ils communiquent par email. Tout va trés bien
quand soudain, la terrible annonce tombe. Mr Zongo meurt foudroyé
par une attaque cardiaque. C'est sa famille qui nous l'annonce.
Cela porte un sérieux coup au moral de l'équipe,
mais il faut tout de même continuer. C'est Eliane Zongo,
la fille de feu Norbert Zongo qui est chargée de constituer
une nouvelle équipe qu'elle dirigera pour identifier
l' institution partenaire qui accueillera le projet. Nous
retenons l'institution qui nous semble, au vu des informations
receuillies par l'équipe, la plus adaptée. C'est
l'AEPJLN, l'association des éditeurs de publications
et journaux en langues nationales qui est retenue.
Nous échangeons des mails avec la secrétaire
générale et la présidente de l'association,
elles créent leurs sites sur cooperation.net. Et un
beau jour d'avril, nous débarquons pour rencontrer
enfin tous ces gens. Eliane nous accueille à l'aéroport.
Elle nous emméne au local, ou les ordinateurs sont
bien installés, le local est bon, Adolphe qui a géré
notemment le dédouanement semble efficace et nous découvrirons
dés le lendemain l'équipe de jeune qui ont répondus
à l'appel à candidature et qui participeront
au projet.
Nous devrons alors sélectionner les meilleurs d'entre
eux pour une formation d'une semaine à Lomé.
Comme nous ne restons que trois jours à Ouagadougou,
Eliane nous dit que l'équipe d'AEPJLN ne pourra nous
rencontrer. Nous sommes un peu déçu, mais peu
importe, nous les rencontrerons au retour de Lomé.
Seulement, pendant que nous sommes à Lomé, un
peu aprés le retour de l'équipe Burkinabé
à Ouagadougou, nous recevons des nouvelles étranges
du Burkina : l'équipe aurait été expulsé
du local par un frère d'Eliane. C'est l'incompréhension
totale. La première d'une série de surprises
toutes plus incroyables les unes que les autres.
Au fur et à mesure des jours, depuis
notre retour au Burkina, nous découvrons ceci :
- AEPJLN avait à peine été impliqué
dans le projet, et n'étais pas au courant qu'ils avaient
étés retenus pour accueillir le projet.
- C'est Eliane, qui avait créé de toute pièce
les adresses emails et les sites web, et qui répondait
à place de AEPJLN.
- Le local appartenait en fait à un frère d'Eliane,
sur le point d'être expulsé car il ne payait
plus son loyer.
- Le mobilier avait été acheté par Eliane
pour plus de 1500 Euros, au nom de "Cooperation via le
net" avec un tampon créé également.
"Cooperation via le net" est un projet de la structure
Ynternet.org et ne constitue pas une structure propre.
- L'appel à candidature n'a quasiment pas été
diffusé, et seules quelques personnes ont étés
contactées par Eliane pour répondre au projet.
Voila en gros la situation dans laquelle nous nous trouvons
au 1er Mai.
J'en passe et des meilleurs :
Un local sur le point d'etre expulsé, du mobilier qu'on
essaye de nous enlever, avec huissier, un propriétaire
qui n'a aucune confiance en nous et propose de régler
l'affaire devant la justice, une équipe de jeunes démotivés,
pas de connexion internet, et des sommes dépensés
maladroitement qui nous handicape pour la suite du projet..
On décide alors de ne pas se laisser abattre et de
tenter le tout pour le tout pour permettre au projet de continuer
malgré ces difficultés ! Je dois dire qu'à
un moment, nous étions proche de laisser tomberle projet
au Burkina et de se concentrer sur les autres pays.
Finalement, nous avons vécus une quinzaine passionante,
qui a pu prouvé qu'avec un bon projet, il est toujours
possible de redresser la situation.
Voila comment nous avons procédé.
Tout d'abord, nous avons négocié la conservation
du local et des meubles pendant une durée de quelques
semaines afin de trouver un autre local, ou d'éventuellement
continuer dans ce local. Nous avons également tenté
d'obtenir un désengagement et un réglement à
l'amiable avec Eliane, qui a refusé de se présenter
dans un premier temps et qui a ensuite refusé tout
réglement à l'amiable, pretextant qu'elle avait
commis des erreurs et qu'elle devait seule en payer le prix
(?). Nous avons alors dressé un plan d'action grace
aux conseils avisés des jeunes de l'équipe de
départ. Ce plan consistait d'abord à prendre
contact et à présenter le projet aux structures
suceptibles d'accueillir le projet, en se concentrant dans
un premier temps sur les structures qui possédaient
déjà une ligne spécialisée (LS
: connexion permanente et un peu plus rapide que par modem
à l'internet).
Pour cette phase du plan, nous avons rencontré chaque
jour des gens différents :
ZCP, une entreprise Internet, Le Centre Multimédia
de la Mairie, l'Université de Ouagadougou, et d'autres
structures diverses possédant une telle liaison...
Chacune de ces structures a trouvé le projet passionant,
mais ne pouvait pas s'engager, ne pouvant fournir pour l'un
les locaux, pour l'autre une réponse rapide, pour un
autre c'était un blocage politique.
Nous passons alors à la seconde phase du projet, ou
l'on contacte les associations et structures pouvant avoir
un interet pour le projet, peu importe la connexion internet
dont il dispose.
Dans ce cadre, nous rencontrons Yam Pukri, une association
de formation qui refuse de signer un tel accord en si peu
de temps, malgré le grand interet qu'il trouve au projet.
On rencontre aussi le Centre National de la Presse Norbert
Zongo, le Journal l'Observateur, le journal Le Pays, la Fondation
Charles Dufour, et même des petites associations de
quartier.
A l'arrière des mobylettes, ou dans des taxis bondés,
nous parcourons, Théo, Thalita et moi, trimballés
ou trimballant nos jeunes bénévoles et fidéles
animateurs en formation, les rues poussièreuses et
brulantes de Ouagadougou, à la rencontre de ces assos.
Chaque rendez vous est un vrai combat : retard, annulation,
mauvaise compréhension, accident, rien n'est simple,
mais avec obstination et une grande organisation, nous parvenons
à faire des démonstrations à la ville
entière, et à convaincre la plupart des acteurs
de l'Internet dans ce pays !
Belle récompense, à l'issu de ces quinzes jours,
nous avons le choix entre 3 structures pour accueillir le
projet pour une phase de test de deux mois en attendant qu'intervienne,
lors de mon retour en juillet, un partenariat d'un an.
Quand ni le courant, ni le téléphone ne sont
coupées, et entre deux rendez vous, on trouve encore
le temps de dispenser quelques heures pas ci par la de formation
aux jeunes encore motivés. Un rapide saut à
la piscine est indispensable car l'eau est totalement absente
de la maison. Ce petit moment de fraicheur est souvent le
seul moment de pause dans des journées souvent commencées
à l'aube (6 heures l'aube ici..) et souvent terminées
par une session internet entre 23 heures et 1 heure du matin
pour valider les nouveaux articles et sites web créés
au Burkina, au Togo et ailleurs... Quand on pose le matelas
devant la maison, il nous faut rarement plus de temps pour
s'allonger que pour s'endormir. Voir meme nous dormons avant
meme de se coucher...
Mais avant de vous livrer la suite, sachez que ces 10 jours
furent peut etre les 10 jours les plus passionants dans un
cadre de boulot, et j'avais certainement jamais travaillé
autant, mais j'ai vraiment trouvé ça excellent
! Et quand le résultat est la à la fin, c'est
d'autant plus motivant..
Donc ce mardi matin, c'est l'huissier qui vient récupérer
les meubles que nous avons déjà préparés
et alignés devant la maison. Le propriétaire
de la maison débarque à ce moment la et nous
fait un scandale, persuadé jusqu'au bout que nous allions
filer à l'anglaise sans rien lui régler.. Apothéose,
qui finalement se solde tranquilement, par le déménagement
du matériel au local d'AITO International, une petite
asso d'informatique, dont Marthe, une des jeunes en formation,
est la trésorière. Ils acceptent de prendre
les ordinateurs le temps pour nous de finaliser un accord
avec une des structures possibles..
Je vous laisse la dessus. La suite page suivante.
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