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Mardi 10 Juin -
Libreville Airport, Gabon
Troisième jour au Gabon, troisième jour à
l'aéroport, troisième jour de garde à
vue..
J'ai mal dormi cette nuit, mais je m'attendais à sortir
rapidement donc c'est pas grave.
Une bande de 4 russes complétement bourrés ont
étés débarqués d'un vol Air France
entre Joahnesburg et Paris. L'avion s'est posé exprès
ici pour les déposer. Ils foutaient un tel bordel dans
l'avion et ont même créé une bagarre et
frappé une hotesse. Je vous dis pas leurs cris en arrivant
ici. Sympa. Enfin, ils sont quand même KO et s'endorment
au bout d'un moment. Moi pas. Le temps passe lentement et
je commence à ressentir sérieusement l'enfermement.
Je demande tout de même à prendre une douche
à 10h00, quand je vois que personne ne vient me chercher.
En revenant de la douche, trois enfants sont agenouillés,
les mains sur la tête dans la pièce ou j'ai dormi.
Je demande des explications.
Une des deux filles est celle d'un des policiers. Les deux
autres sont des amis de celle-ci.
Elle a fugué chez ses amies durant tout le week-end.
Elles sont punies.
A ce moment, le père policier arrive. C'est le chef
de la brigade ! Avec deux autres femmes policières.
Il explique et les gronde. Il dit que parler ne sert à
rien, il dit que seuls les coups fonctionnent. Je m'interpose.
Je perds un peu mon calme. Il dit alors qu'il va les mettre
au frais : il parle de l'autre pièce, celle ou la clim
est poussée à fond. Ce sera un vrai supplice.
Je lui dit qu'il ne va pas faire ça, que ça
va chier, que le ministre de la culture arrive etc...
Il rigole et s'en fout.. Il amène les trois petits
(15, 15 et 16 ans) dans la pièce. Je le suis. Il les
fait mettre à genou, se saisit d'un objet, je ne vois
pas bien quoi, et je pense l'espace d'un instant qu'il va
frapper avec ceci sur la tête de la fille. Il s'agit
en fait d'un moniteur, une sorte de télé. Les
enfants doivent la tenir sur leur tête à bout
de bras jusqu'à nouvel ordre.
Je m'indigne et tente la négociation. Il dit que c'est
lui qui choisit l'éducation qu'il donne à ses
enfants ! Je retourne indigné et impuissant dans ma
salle d'attente.
Vers 11h30, le père d'Eddy arrive le chercher. Ils
ont trouvés un arrangement. Bonne chance à lui.
Moi j'attends et baragouine les trois mots de russe que je
connais aux 4 "nouveaux" de ce matin. La communication
ne va pas bien plus loin.
Vers 13h00, je reçois enfin un premier truc à
manger de la journée, que j'ai demandé depuis
11h00 environ. Je commence à me lasser et toujours
aucune nouvelle ni de Tanguy, ni du consul, ni de personne.
J'essaye de demander un téléphone portable mais
le chef de brigade me l'interdit et me menace de m'enfermer.
J'oublies donc cette possibilité.
Du coté des russes, ils me distribuent des dollars
pour leur acheter de la vodka. Depuis le matin, ils ont achetés
et bu 2 bouteilles et, alors qu'ils commençaient à
être bourrés, ils en ont achetés deux
autres et se sont fait grillés. Dés lors, ils
vont me tanner pour que j'aille leur acheter. J'essaye à
plusieurs reprises, mais les portes sont maintenant toutes
fermées et je n'ai plus accès aux boutiques
Duty Free.
A un moment, un type dans un trés beau costard passe.
Il accompagne l'instituteur de l'autre fois, dont la femme
a été expulsé. Je lui demande de l'aide.
Il répond qu'il peut négocier ma sortie. Il
déclare bosser chez Interpol, j'en doute, mais devant
l'absence de solutions...
Je tente une négociation. Il veut 200 000 CFA (2000
FF). Je lui dit ok pour 100 000. Il est ok. Il tente de discuter
avec le type. Me demande d'abord de lui payer "un petit
whisky et un coca pour le grand frère" : une avance
de 15 000 CFA. Etant donné que je n'ai aucune garantie.
Je lui montre les sous, et lui donne 5000 CFA pour voir. Il
va tenter une discussion, mais évidemment il ne peut
rien faire. Je l'attrape et lui somme de me rendre l'argent.
Il accepte et s'en va. Autre coup dans l'eau.
Alors que je suis en train de négocier pour obtenir
un billet sur Cotonou, le chef de brigade arrive en furie.
Il dit qu'ils essayent de m'arranger une sortie, et que moi,
je trouve rien de mieux à faire que de demander aux
russes de sortir. Je tente de lui expliquer en hurlant que
ce sont eux qui ont les poches pleines de dollars et qui depuis
le matin court après des bouteilles de vodka, et lui
il pense que c'est moi qui leur donne des ordres. Il réfléchit
un instant et baisse le ton avec moi.
Tanguy est passé vers 14h00, il va tenter une négociation
auprés de Swissair pour échanger mes billets
Ouaga/Paris - Paris/Genève - Libreville/Lomé
contre un vol unique Libreville/Paris. Je ne peux retourner
raisonnablement à Lomé et risquer de me retrouver
dans le même cas : mon visa a en effet expiré.
Et les militaires togolais sont moins droles que les policiers
gabonais, je vous assure.
Hélas, la négociation n'aboutit pas. Mon sort
n'est toujours pas clair en fin d'après-midi.
Tanguy passe et m'emmène un drap propre et un sandwich
pour passer une troisième nuit dans mon premier "hotel"
climatisé africain.
C'est seulement le lendemain matin que je pourrai en savoir
plus.
Vers 22h30, les russes s'en vont sans être bourrés
à leur grande déception, mais ils me saluent
tout de même chaleureusement. Fort à parier qu'ils
vont taper un scandale sans l'avion si on ne leur sert pas
de vodka !
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