From zoul at no-log.org Sun Aug 5 17:06:11 2007 From: zoul at no-log.org (Zoul) Date: Sun Aug 5 16:13:29 2007 Subject: [L'autre (tour du) monde de zoul...] Paris - Agadir - Dakar - Abidjan - Cotonou : pourquoi faire simple =?iso-8859-1?q?compliqu=E9_=3F?= Message-ID: <55362.AQNSDgpbCnY=.1186322771.squirrel@webmail.no-log.org> Dimanche matin, voilà que j'arrive enfin à trouver un peu de temps pour écrire et décrire mon arrivée au Bénin. Mais avant, revenons à Paris un instant... Mercredi, 1er aout, il est 14h30, et j'entre, sac sur le dos, accompagné par Martine, dans le terminal 3 de l'aéroport Charles de Gaulles. Je cherche le comptoir Point-Afrique où je suis censé récupérer mon billet. Je ne le trouve pas. Je demande à un autre comptoir. On me regarde bizarrement : « Vous prenez quel vol ? » Je réponds le vol de 16h15 pour Cotonou. « Il est parti depuis plus d'une heure monsieur ! » Là, je n'y comprends plus rien. Apparemment, le vol partait à 11h30 et a eu un peu plus d'une heure de retard... J'appelle Point-Afrique, personne ne comprend pas la raison pour laquelle je n'ai pas été prévenu du changement intervenu 10 jours avant. Tous les autres passagers ont étés prévenus sauf moi. ça commence mal. En fait, notre dossier avait été ouvert à Bamako et c'est sans doute cela qui explique ce souci. Prochain vol pour Cotonou le 6, complet, puis le 15, sans doute complet également. Il faut agir vite, un vol part pour Dakar dans l'heure, j'essaye de convaincre la compagnie de me laisser embarquer et Point-Afrique de s'arranger avec la compagnie « Air Méditérannée » pour que je puisse arriver à Dakar, puis prendre une correspondance Dakar-Cotonou. C'est fastidieux, mais je finis par embarquer. J'ai même tout le temps de prévenir les gens à Paris, Cotonou et Dakar, de ce changement de programme, puisque le vol pour Dakar partira finalement avec 6 heures de retard. 22h : je suis toujours à Charles de Gaulle, mais nous finissons par embarquer... direction Agadir, où nous faisons un stop sans qu'on comprenne vraiment pourquoi. Apparemment, on fait le plein, ça doit être moins cher ici ? Arrivée à Dakar au milieu de la nuit, je suis pris en charge, tel un VIP, par la compagnie. On me fait passer la douane en priorité, sans formalités, il suffit pour les français d'une simple carte d'identité pour rentrer à Dakar. Vivement la réciprocité et qu'ils nous fassent chier vraiment avant de nous laisser entrer ! Je plaisante bien sûr ! Evidemment qu'il faut la liberté de circulation pour tous, tout le temps, et l'abolition des frontières, mais je reviendrai sur le sujet dans cet email (au Bénin, les choses sont pas si faciles...) Donc me voilà, tel un prince, dans une super bagnole, avec chauffeur, amené dans un super hôtel à 80 euros la nuit, avec piscine, wifi partout, chambre super glacée par la climatisation ! Hamidou Ba, le point focal du Sénégal pour la rencontre m'a attendu plusieurs heures à l'aéroport, et se joint donc à moi pour déguster ma première bière « une Gazelle » sur le sol africain. Il est 4 heures du matin. Des catins très maigres circulent un peu partout, et essaye de nous aborder, sans succès... De vieux blancs sont aussi dans les alentours. Dans le maquis que nous choisissons, ça dort un peu, mais on parvient tout de même à se faire servir. Au moins on peut discuter, et le prix est raisonnable... On parle de Sarkozy à Dakar, des luttes étudiantes, du forum social africain, de l'Europe, de l'Afrique, de l'étrange rencontre. C'est passionnant, et c'est un vrai plaisir de voir ce que le projet « étrange » a déjà généré en terme de « rencontre ». On finit par regagner l'hôtel car la pluie s'est mise à tomber drue. Une bonne raison pour se jeter à l'eau dans cette belle piscine. Le bain nocturne est plus qu'agréable. En sortant de l'eau, je branche mon ordinateur et commence à répondre aux mails urgents et à informer Cotonou de mon retard. Il est 6 heures du matin. Un vieux blanc, au gros ventre, fait son entrée, qu'il aurait préféré discrète, accompagnée d'une jeune fille qui ne doit pas avoir 18 ans, d'une maigreur étonnante, bardé d'un maquillage vulgaire. Elle est belle la relation Europe-Afrique en cette heure avancée de la journée. On échangera deux trois mots avec elle à sa sortie. Elle lui aura soutiré 50.000 CFA, le même prix que la chambre pour un quart d'heure d'amour. Ne parlons pas de ce que lui en aura tiré. Vive le capitalisme ! Libre marché, libre entreprise ! Mais je m'énerve. Passons. Il est tard pour que Hamidou rentre dans son quartier éloigné, et la chambre a deux lits. Je lui propose donc de rester se reposer en attendant que les bus fonctionnent. Cela ne fait pas deux heures que nous nous sommes assoupis. Un bruit sourd, comme une explosion dans la chambre, m'arrache de mon profond sommeil. Je m'éveille, ne comprenant pas. Je ne vois rien. Je recommence donc à m'endormir, quand une seconde explosion, mélange de verre brisé, de choc violent, d'électricité me fait sursauter à nouveau. Je me dresse sur le lit en criant « Ho ! ». L'impression qu'on vient de fracasser la baie vitrée, pour nous voler sans doute. Et pourtant, il n'y a rien autour de moi. Je me lève, ouvre la fenêtre, cherche. Rien de rien. Nulle part. Mon ordinateur est là, sur le bureau, allumé. Je m'y installe, le réveil a été violent, un grand coup de stress. Hamidou me dit que c'est sans doute un caillou qui a été jeté contre la fenêtre qui donne côté route, ou un gros oiseau venu se fracasser sur nos vitres. J'accepte l'idée, l'explication et m'assoit alors pour vérifier mes mails. Sur ma droite, à moins d'un mètre, la télé est en veille. Une colonne de fumée noire s'étire soudain du dessus du poste. Je me précipite pour ouvrir la fenêtre, alerter le gardien pour éviter un incendie. Le temps qu'il s'amène, j'ai éloigné les rideaux, et la fumée s'échappe déjà au dehors. Finalement, ça cesse tout seul, sans incendie, et l'on constate simplement les dégâts inexplicables... La télé devait être fatigué, conclurons-nous... On prendra ensuite un petit déjeuner sur la terrasse, on discutera, réfléchira à la participation du Sénégal à la rencontre, quand déjà le type de la compagnie aérienne vient me chercher pour mon vol Dakar-Cotonou. De nouveau, retard, attente, puis escale à Abidjan. L'avion de la république française est sur le tarmac, protégé par des soldats blancs en arme. Bienvenue en Afrique indépendante ! On redécolle direction Cotonou cette fois. « Bonne arrivée » à tous les étages. Les gens sont souriants, accueillants. Rien à voir avec les sinistres policiers qui nous assaillent habituellement à l'arrivée en France, au sortir de l'avion, ou de la navette qui nous amène à l'aérogare. Passage des douanes sans encombres. Gustave est là, avec Viasko, son chauffeur et ami. Ils m'ont un peu attendus. Je dois faire mon visa le lendemain, et quand je vais récupérer mon passeport, je me fais engueuler comme du poisson pourrie par un policier visiblement de mauvaise humeur : « Vous croyez qu'on peut arriver en France sans visa, nous ? » « Vous vous croyez-où? Vous vous prenez pour qui ? » J'essaye de calmer le jeu : je le comprends tout à fait, même si je n'accepte pas qu'il me parle ainsi. J'essaye de lui dire combien les barrières que place mon pays aux africains me révoltent, j'essaye de lui dire qu'il ne doit pas confondre les français, leurs dirigeants, leurs lois, mais sa colère est telle qu'il m'invite à sortir de son bureau. Il me chasse pour être tout à fait exact. Ses collègues veulent le calmer. Il est visiblement ému par autre chose. C'en est trop, et je lui sors la lettre du consulat général du Bénin en France, que j'ai obtenu suite à un rendez-vous la veille, et qui invite les autorités administratives et douanières à me faciliter les choses, dans le cadre de l'organisation de la rencontre. Il ne veut rien entendre, mais se calme un peu face à ma détermination. Dommage de s'énerver pour si peu. Et pour le moins assez inhabituel au Bénin. Je sors finalement du bureau, et suis accompagné par Gustave chez mon ami Cédric qui vit non loin de l'aéroport dans un chouette appartement, qui est maintenant équipé d'internet en ADSL ! Il roupille allégrement, rattrapant un retard de sommeil accumulé les jours précédents. J'apprécie depuis la terrasse le bruit de la mer, la force du vent, j'ai l'impression d'être un peu plus libre. C'est débile. Il a plu récemment, et la température est agréable. Il y aura beaucoup de travail à accomplir au cours de ce mois d'août 2007. Voilà pour l'arrivée. Les premiers jours au Bénin dans mon prochain message. From zoul at no-log.org Thu Aug 16 21:38:55 2007 From: zoul at no-log.org (Zoul) Date: Thu Aug 16 20:41:04 2007 Subject: [L'autre (tour du) monde de zoul...] Etrange rencontre de Cotonou : c'est dans 6 jours ! Message-ID: <59474.AQNSDgpbCnY=.1187289535.squirrel@webmail.no-log.org> Et moi, naïf, qui croyait que je trouverai bien un peu de temps pour vous écrire... Le matin, on a beau se lever à 7h, et le soir ne pas se se coucher avant 2h, et bien, non, rien n'y fait, y'a pas le temps ! On court on court, et les jours ne se ressemblent pas... Entre ministères, universités, cybercafés, sur la moto, en voiture, à l'aéroport, sous la pluie, sous le soleil, à la plage, le rythme est soutenu, effréné pour s'assurer que rien ne manquera à nos nombreux participants. D'ores et déjà 60 personnes du Togo, 20 du Mali, 6 du Niger, 15 du Burkina Faso, 1 guinéen, plusieurs ivoiriens, des Béninois par centaines, et j'en oublie sans doute, tous plus engagés les uns que les autres dans des luttes locales ou internationales... Une équipe de choc pour le cinéma, des équipes de choc pour les formations nouvelles technologies, des équipes de choc à la logistique et en cuisine. Une équipe média presse et radio du tonnerre ! Tout semble fin prêt, et nous avons déjà envahit le campus. Les affiches seront livrées demain matin, le site web est régulièrement mis à jour. On passe par des moments d'excitations, de joies, des engueulades aussi, mais on reste soudés !. On s'inquiète pour le prix de la bouffe, pour le prix des voyages, on cherche du support un peu partout sans vraiment jamais en rencontrer, si ce n'est du côté de l'université ou nous sommes accueillis à bras ouverts... Bref, c'est l'étrange rencontre, ça se passe pas sur Zoulstory.com mais en direct du Bénin, et encore une fois, on vous attend, il n'est pas encore trop tard... http://www.etrangerencontre.org Zoul zoul@no-log.org http://www.zoulstory.com From zoul at no-log.org Thu Aug 23 16:32:53 2007 From: zoul at no-log.org (Zoul) Date: Thu Aug 23 15:38:54 2007 Subject: [L'autre (tour du) monde de zoul...] =?iso-8859-1?q?L=27=E9trange_rencontre_!?= Message-ID: <50120.AQNSDgoBWXo=.1187875973.squirrel@webmail.no-log.org> - ça se passe comment ? - ça se passsssse étraaaaaaaannngeeeeeeeee !!! (en choeur) Pour le reste, je ne vous dirais rien, mais je me propose de faire une compilation des meilleures appréciations de l'étrange rencontre, avec tout ceux qui sont abonnés à Zoulstory.com et qui participent actuellement à la rencontre. Avis aux amateurs. Publication assurée pour les plus originaux sur Zoulstory.com et sur le site de l'étrange rencontre ! Etranges rencontres à tous ! Zoul zoul@no-log.org http://www.zoulstory.com http://www.etrangerencontre.org From zoul at no-log.org Wed Aug 29 11:43:24 2007 From: zoul at no-log.org (Zoul) Date: Wed Aug 29 10:51:04 2007 Subject: [L'autre (tour du) monde de zoul...]Les masques tombent ! Message-ID: <34815.AQNSDgoBWXo=.1188377004.squirrel@webmail.no-log.org> Et voilà, l'étrange rencontre est finie ! Je vous propose de découvrir cet article que j'ai écrit pour le journal de la rencontre... Retrouvez le journal complet en PDF et beaucoup d'autres choses sur le site de la rencontre : http://www.etrangerencontre.org ------ Les masques tombent! Dialogue, discernement, conscience, action collective. 6 jours, c’est évidemment bien peu pour tout se dire. Depuis si longtemps que les peuples africains et européens sont victimes d’un même ordre social inique qui favorise les plus riches au détriment de la majorité des personnes et continuent de (sur)-vivre en situation d’esclavage total ou dans la soumission sans faille et sans alternative au marché du travail mondial. Mais certains mythes et visions concernant « l’Autre » seront bel et bien tombés pendant cette semaine. Les débats passionnés autour des migrations auront montré comment la traite des noirs, pourtant abolie - en théorie - depuis bien longtemps, se poursuit sous une autre forme, et s’auto-organise depuis les pays du sud pour atteindre le fameux « eldorado européen», où les survivants, c’est à dire ceux qui survivront aux longues nuits de bateau, aux voyages dangereux, et aux lignes ennemies, viendront s’entasser en nombre pour alimenter la redoutable usine à lessiver les hommes, contre un salaire de misère. Un salaire qui viendra à son tour donner une « chance » aux peuples de survivre, mais aussi aux banques de s’enrichir, et aux explosions sociales d’être contenues dans la plupart des pays en souffrance. Nombreux sont ceux qui l’ont compris, et qui s’organisent, non pas autour de Sarkozy et de son immigration choisie, mais plutôt, comme nous l’a montré l’Association Malienne des Expulsés (A.M.E.), qui accueille et accompagne le parcours difficile des migrants renvoyés au pays... L’exil forcé n’étant pas la solution, elle propose à ceux-là d’entrer en résistance, pour comprendre et déjouer les mécanismes qui étouffent l’Afrique et les africains aujourd’hui ! Du côté de l’Europe, on continue à trimer pour des salaires de plus en plus bas. De nombreux pays, la France en tête, s’enlisent dans un racisme qui n’a jamais cessé et qui trouve ses sources dans de lointaines époques qu’on voulait croire révolues, un racisme annonceur de dangereux lendemains pour la jeunesse en général, et pour la jeunesse immigrée en particulier. Là-bas aussi, heureusement des résistances existent, des alternatives aussi, menées par ceux qui refusent le monde qu’on voudrait leur vendre avec le travail obligatoire. Ils veulent un monde qui prône un chômage heureux, se libérant ainsi du stress et de la vitesse qui caractérisent nos sociétés occidentales, et qui auront bientôt fini par nous faire perdre tout à fait le sens de la vie... Des solidarités nouvelles tentent alors de nous faire oublier la tristesse de nos vies, et l’on peut espérer un jour que le taux de suicide ne soient plus la première cause de mortalité chez les jeunes, que les gens n’auront plus besoin de devenir alcooliques, drogués (du pétard à la télé, en passant par le stade...) ou névrosés et sous antidépresseurs pour combler la vacuité de nos rapports humains... On s’organise donc, on se parle, on se reconnaît, et l’on apprend à l’occasion à aiguiller notre sens du discernement. Dans un monde, où les grands médias, et où même les journalistes indépendants se laissent parfois aller à la « pensée unique », par intérêt, ou manque d’exigence intellectuelle car il est difficile de rompre avec les schémas simples qui nous sont proposés. L’opposition entre l’homme noir et l’homme blanc, qui sera ressortie à diverses reprises dans ce forum, n’a pas de raison d’être, elle est dangereuse et s’appuie sur des analyses faussées, dépassées, racistes, et il faudra faire encore un effort pour s’en débarrasser totalement. De nombreux intervenants et leurs idées néo-coloniales, n’avaient pas leur place dans cette rencontre. La contradiction aura permis de les démasquer, et l’on ne peut que s’en féliciter. Nous avons le temps, nous sommes en train de construire quelque chose de nouveau, et ce n’est que notre première rencontre. En dénonçant les dérives des acteurs qui aujourd’hui veulent accaparer l’organisation et la mise en réseau des résistances à l’échelle mondiale, et au delà, en proposant de nouveaux outils pour atteindre cet objectif, l’étrange rencontre a contribué à ouvrir un nouveau chemin, une nouvelle branche dans le monde des forums sociaux. A la manière des développeurs de logiciels libres, qui décident ensemble de privilégier une direction plutôt qu’une autre dans la conception d’un logiciel, on se débarrasse à notre tour des bureaucraties gênantes et archaïques, de la coquille qui dérange et freine nos combats, pour passer à un nouveau stade dans la mise en oeuvre de nos alternatives, et avancer plus vite dans la prise de conscience collective, et vers la libération d’un système qui nous étouffe au nord comme au sud dans un même étau. A travers l’utilisation intensive des nouvelles technologies pendant ces 6 jours, les mécanismes de suivi de l’étrange rencontre seront, on le croit, qualitativement améliorés, afin de marcher ensemble vers plus d’efficacité dans nos luttes sur le plan local, national, sous-régional et dans l’articulation de celles-ci sur le plan mondial, thématique, à travers de nombreuses rencontres, qui ne seront plus des lieux touristiques pour « altermondialistes » en manque « d’esprit de clarté » ou égarés « dans l’esprit de jambage ». Nous avons pu nous parler franchement, et « lutter contre le pessimisme ambiant », relever la tête et nous avancer avec fierté pour dire, ensemble, depuis l’Afrique et à l’Europe, à ceux qui nous oppressent, ici comme là-bas, que leurs temps arrivent bientôt à sa fin. Nous sommes jeunes et déterminés. Nous nous battrons, car ce sont nos vies et celles de nos enfants qui en dépendent. Personne ne viendra nous sauver et nous savons que notre destin est entre nos mains. Chemin faisant, nous avons vu qu’il était difficile de distinguer rapidement la qualité de ceux qui marchent à nos côtés. Du nord ou du sud, au sein des ONG ou des gouvernements, dans l’organisation de la rencontre, ou au sein des participants, l’imposteur est partout. Et nous devrons apprendre à être vigilants à l’avenir pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Nous devrons également apprendre à reconnaître ceux qui nous soutiennent, ceux qui luttent vraiment, sans s’arrêter à de simples considérations de couleur, d’appartenance religieuse ou idéologique, mais sur la base d’une véritable curiosité pour l’autre, pour sa différence, pour son expérience, son identité, son témoignage et surtout, et je crois que c’est le plus important, en travaillant ensemble. Car c’est véritablement en se donnant la main, au sein de projets communs concrets, de dynamiques communes porteuses de sens, que nous pourrons voir si véritablement notre union est solide, et dépasser le cadre des simples échanges théoriques dans des conférences-débats, lors d’une rencontre comme celle que nous venons de vivre... J’aurais envie de partager avec tous les participants les nombreuses surprises que j’ai eu pendant ces 6 jours, mais je n’en retiendrai qu’une seule. Le « fou » qui circule un peu partout sur le campus, qui nous dérange un peu, et qui vole parfois les savons dans les salles de bains, et que certains auront tenté d’utiliser pour justifier et dénoncer un climat d’insécurité imaginaire sur le campus. Et bien, ce fou a commencé à faire un peu de bruit pendant la séance plénière de bilan, le samedi matin. Je suis allé vers lui tranquillement, et lui ai dit qu’il serait gentil de sa part de ne pas perturber les débats, parce que nous travaillions à changer le monde, et que ça a bien commencé et qu’il serait dommage qu’à cause de lui, nous devrions remettre ça à plus tard. Je lui ai dit qu’il y avait urgence, car trop de gens sont oubliés, et laissés à eux mêmes. Il m’a répondu qu’il voulait juste un peu d’eau. J’ai attrapé deux sachets que je lui ai remis. Il m’a remercié et a quitté la salle. Plus tard, alors que les uns et les autres étaient déjà tous partis au restaurant, il m’a fait remarqué que nous avions laissé la salle dans un état lamentable, et que c’était pas terrible de notre part. Nous voulions changer le monde et nous n’avions pas été capables de respecter nos lieux de vie et de travail, et de nous respecter nous mêmes. J’ai alors commencé à ramasser avec lui les nombreux détritus et papiers qui jonchaient le sol et rapidement la salle était redevenue vivable. Rien ne sert de se battre pour changer les choses sur le plan mondial si nous ne sommes pas capables de bien nous comporter d’abord dans notre environnement immédiat. Nombreuses auront été les déceptions autour de ce forum, autour de la nourriture, pas toujours très « éthique », autour des comportements des uns et des autres (manque de respect des femmes, invisibilité de certains quand on salue seulement ceux qui sont en vue...), mais ces déceptions sont à l’image du monde dans lequel on vit et de l’état lamentable dans lequel l’ont plongé des années durant un capitalisme financier prédateur, qui a écrasé et détruit en nous de nombreuses valeurs fondamentales, nous opposant les uns aux autres pour permettre toujours plus de profit pour les puissants. Il est plus que temps de se regarder dans un miroir. De reconnaître qui nous sommes, et là où nous allons pour adapter nos comportements, changer nos mentalités. Agir sur un plan individuel pour s’améliorer, être à l’écoute des uns et des autres, pour passer ensemble à l’action collective, dans la lutte, qui seule pourra nous libérer de l’oppression. C’est urgent. Le frère rasta Art’ajah l’a rappelé : notre planète est en danger, et c’est un premier défi pour notre génération. Des jeunes d’Europe et d’Afrique, l’espace de quelques journées, ont eu envie de croire qu’on pouvait ensemble agir sur nos vies. La parole a un peu été libérée. Bien sûr, le Togo voisin reste sous le joug du dictateur françafricain et de ses réseaux mafieux, mais déjà à l’horizon se profile un murmure grandissant, une colère sourde qui gronde et avance inexorablement, porteuse d’espoir infini, et dont personne ne connaît vraiment l’issue, mais qui constituera à coup sûr, au devant de l’histoire, un de ces étranges moments qui fait qu’il se murmure doucement que « quelque chose » s’est passé ici à Calavi. ---------- A l'année prochaine ! Zoul zoul@no-log.org http://www.zoulstory.com