[L'autre (tour du) monde de zoul...] Paris - Agadir - Dakar - Abidjan - Cotonou : pourquoi faire simple compliqué ?
Zoul
zoul at no-log.org
Dim 5 Aou 17:06:11 CEST 2007
Dimanche matin, voilà que j'arrive enfin à trouver un peu de temps pour
écrire et décrire mon arrivée au Bénin. Mais avant, revenons à Paris un
instant...
Mercredi, 1er aout, il est 14h30, et j'entre, sac sur le dos, accompagné
par Martine, dans le terminal 3 de l'aéroport Charles de Gaulles. Je
cherche le comptoir Point-Afrique où je suis censé récupérer mon billet.
Je ne le trouve pas. Je demande à un autre comptoir. On me regarde
bizarrement :
« Vous prenez quel vol ? »
Je réponds le vol de 16h15 pour Cotonou.
« Il est parti depuis plus d'une heure monsieur ! »
Là, je n'y comprends plus rien. Apparemment, le vol partait à 11h30 et a
eu un peu plus d'une heure de retard... J'appelle Point-Afrique, personne
ne comprend pas la raison pour laquelle je n'ai pas été prévenu du
changement intervenu 10 jours avant. Tous les autres passagers ont étés
prévenus sauf moi. ça commence mal. En fait, notre dossier avait été
ouvert à Bamako et c'est sans doute cela qui explique ce souci. Prochain
vol pour Cotonou le 6, complet, puis le 15, sans doute complet également.
Il faut agir vite, un vol part pour Dakar dans l'heure, j'essaye de
convaincre la compagnie de me laisser embarquer et Point-Afrique de
s'arranger avec la compagnie « Air Méditérannée » pour que je puisse
arriver à Dakar, puis prendre une correspondance Dakar-Cotonou. C'est
fastidieux, mais je finis par embarquer. J'ai même tout le temps de
prévenir les gens à Paris, Cotonou et Dakar, de ce changement de
programme, puisque le vol pour Dakar partira finalement avec 6 heures de
retard. 22h : je suis toujours à Charles de Gaulle, mais nous finissons
par embarquer... direction Agadir, où nous faisons un stop sans qu'on
comprenne vraiment pourquoi. Apparemment, on fait le plein, ça doit être
moins cher ici ?
Arrivée à Dakar au milieu de la nuit, je suis pris en charge, tel un VIP,
par la compagnie. On me fait passer la douane en priorité, sans
formalités, il suffit pour les français d'une simple carte d'identité pour
rentrer à Dakar. Vivement la réciprocité et qu'ils nous fassent chier
vraiment avant de nous laisser entrer ! Je plaisante bien sûr !
Evidemment qu'il faut la liberté de circulation pour tous, tout le temps,
et l'abolition des frontières, mais je reviendrai sur le sujet dans cet
email (au Bénin, les choses sont pas si faciles...)
Donc me voilà, tel un prince, dans une super bagnole, avec chauffeur,
amené dans un super hôtel à 80 euros la nuit, avec piscine, wifi partout,
chambre super glacée par la climatisation ! Hamidou Ba, le point focal du
Sénégal pour la rencontre m'a attendu plusieurs heures à l'aéroport, et se
joint donc à moi pour déguster ma première bière « une Gazelle » sur le
sol africain. Il est 4 heures du matin. Des catins très maigres circulent
un peu partout, et essaye de nous aborder, sans succès... De vieux blancs
sont aussi dans les alentours. Dans le maquis que nous choisissons, ça
dort un peu, mais on parvient tout de même à se faire servir. Au moins on
peut discuter, et le prix est raisonnable... On parle de Sarkozy à Dakar,
des luttes étudiantes, du forum social africain, de l'Europe, de
l'Afrique, de l'étrange rencontre. C'est passionnant, et c'est un vrai
plaisir de voir ce que le projet « étrange » a déjà généré en terme de «
rencontre ».
On finit par regagner l'hôtel car la pluie s'est mise à tomber drue. Une
bonne raison pour se jeter à l'eau dans cette belle piscine. Le bain
nocturne est plus qu'agréable. En sortant de l'eau, je branche mon
ordinateur et commence à répondre aux mails urgents et à informer Cotonou
de mon retard. Il est 6 heures du matin. Un vieux blanc, au gros ventre,
fait son entrée, qu'il aurait préféré discrète, accompagnée d'une jeune
fille qui ne doit pas avoir 18 ans, d'une maigreur étonnante, bardé d'un
maquillage vulgaire. Elle est belle la relation Europe-Afrique en cette
heure avancée de la journée. On échangera deux trois mots avec elle à sa
sortie. Elle lui aura soutiré 50.000 CFA, le même prix que la chambre pour
un quart d'heure d'amour. Ne parlons pas de ce que lui en aura tiré. Vive
le capitalisme !
Libre marché, libre entreprise ! Mais je m'énerve. Passons.
Il est tard pour que Hamidou rentre dans son quartier éloigné, et la
chambre a deux lits. Je lui propose donc de rester se reposer en attendant
que les bus fonctionnent. Cela ne fait pas deux heures que nous nous
sommes assoupis. Un bruit sourd, comme une explosion dans la chambre,
m'arrache de mon profond sommeil. Je m'éveille, ne comprenant pas. Je ne
vois rien. Je recommence donc à m'endormir, quand une seconde explosion,
mélange de verre brisé, de choc violent, d'électricité me fait sursauter à
nouveau. Je me dresse sur le lit en criant « Ho ! ». L'impression qu'on
vient de fracasser la baie vitrée, pour nous voler sans doute. Et
pourtant, il n'y a rien autour de moi. Je me lève, ouvre la fenêtre,
cherche. Rien de rien. Nulle part. Mon ordinateur est là, sur le bureau,
allumé. Je m'y installe, le réveil a été violent, un grand coup de stress.
Hamidou me dit que c'est sans doute un caillou qui a été jeté contre la
fenêtre qui donne côté route, ou un gros oiseau venu se fracasser sur nos
vitres. J'accepte l'idée, l'explication et m'assoit alors pour vérifier
mes mails. Sur ma droite, à moins d'un mètre, la télé est en veille. Une
colonne de fumée noire s'étire soudain du dessus du poste. Je me précipite
pour ouvrir la fenêtre, alerter le gardien pour éviter un incendie. Le
temps qu'il s'amène, j'ai éloigné les rideaux, et la fumée s'échappe déjà
au dehors. Finalement, ça cesse tout seul, sans incendie, et l'on constate
simplement les dégâts inexplicables... La télé devait être fatigué,
conclurons-nous...
On prendra ensuite un petit déjeuner sur la terrasse, on discutera,
réfléchira à la participation du Sénégal à la rencontre, quand déjà le
type de la compagnie aérienne vient me chercher pour mon vol
Dakar-Cotonou.
De nouveau, retard, attente, puis escale à Abidjan. L'avion de la
république française est sur le tarmac, protégé par des soldats blancs en
arme. Bienvenue en Afrique indépendante !
On redécolle direction Cotonou cette fois. « Bonne arrivée » à tous les
étages. Les gens sont souriants, accueillants. Rien à voir avec les
sinistres policiers qui nous assaillent habituellement à l'arrivée en
France, au sortir de l'avion, ou de la navette qui nous amène à
l'aérogare. Passage des douanes sans encombres. Gustave est là, avec
Viasko, son chauffeur et ami. Ils m'ont un peu attendus. Je dois faire mon
visa le lendemain, et quand je vais récupérer mon passeport, je me fais
engueuler comme du poisson pourrie par un policier visiblement de mauvaise
humeur : « Vous croyez qu'on peut arriver en France sans visa, nous ? » «
Vous vous croyez-où? Vous vous prenez pour qui ? » J'essaye de calmer le
jeu : je le comprends tout à fait, même si je n'accepte pas qu'il me parle
ainsi. J'essaye de lui dire combien les barrières que place mon pays aux
africains me révoltent, j'essaye de lui dire qu'il ne doit pas confondre
les français, leurs dirigeants, leurs lois, mais sa colère est telle qu'il
m'invite à sortir de son bureau. Il me chasse pour être tout à fait exact.
Ses collègues veulent le calmer. Il est visiblement ému par autre chose.
C'en est trop, et je lui sors la lettre du consulat général du Bénin en
France, que j'ai obtenu suite à un rendez-vous la veille, et qui invite
les autorités administratives et douanières à me faciliter les choses,
dans le cadre de l'organisation de la rencontre. Il ne veut rien entendre,
mais se calme un peu face à ma détermination. Dommage de s'énerver pour si
peu. Et pour le moins assez inhabituel au Bénin.
Je sors finalement du bureau, et suis accompagné par Gustave chez mon ami
Cédric qui vit non loin de l'aéroport dans un chouette appartement, qui
est maintenant équipé d'internet en ADSL ! Il roupille allégrement,
rattrapant un retard de sommeil accumulé les jours précédents. J'apprécie
depuis la terrasse le bruit de la mer, la force du vent, j'ai l'impression
d'être un peu plus libre. C'est débile.
Il a plu récemment, et la température est agréable. Il y aura beaucoup de
travail à accomplir au cours de ce mois d'août 2007. Voilà pour l'arrivée.
Les premiers jours au Bénin dans mon prochain message.
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