[L'autre (tour du) monde de zoul...]Les masques tombent !
Zoul
zoul at no-log.org
Mer 29 Aou 11:43:24 CEST 2007
Et voilà, l'étrange rencontre est finie !
Je vous propose de découvrir cet article que j'ai écrit pour le journal de
la rencontre...
Retrouvez le journal complet en PDF et beaucoup d'autres choses sur le
site de la rencontre : http://www.etrangerencontre.org
------
Les masques tombent!
Dialogue, discernement, conscience, action collective.
6 jours, c’est évidemment bien peu pour tout se dire. Depuis si longtemps
que les peuples africains et européens sont victimes d’un même ordre
social inique qui favorise les plus riches au détriment de la majorité des
personnes et continuent de (sur)-vivre en situation d’esclavage total ou
dans la soumission sans faille et sans alternative au marché du travail
mondial. Mais certains mythes et visions concernant « l’Autre » seront bel
et bien tombés pendant cette semaine.
Les débats passionnés autour des migrations auront montré comment la
traite des noirs, pourtant abolie - en théorie - depuis bien longtemps, se
poursuit sous une autre forme, et s’auto-organise depuis les pays du sud
pour atteindre le fameux « eldorado européen», où les survivants, c’est à
dire ceux qui survivront aux longues nuits de bateau, aux voyages
dangereux, et aux lignes ennemies, viendront s’entasser en nombre pour
alimenter la redoutable usine à lessiver les hommes, contre un salaire de
misère. Un salaire qui viendra à son tour donner une « chance » aux
peuples de survivre, mais aussi aux banques de s’enrichir, et aux
explosions sociales d’être contenues dans la plupart des pays en
souffrance. Nombreux sont ceux qui l’ont compris, et qui s’organisent, non
pas autour de Sarkozy et de son immigration choisie, mais plutôt, comme
nous l’a montré l’Association Malienne des Expulsés (A.M.E.), qui
accueille et accompagne le parcours difficile des migrants renvoyés au
pays... L’exil forcé n’étant pas la solution, elle propose à ceux-là
d’entrer en résistance, pour comprendre et déjouer les mécanismes qui
étouffent l’Afrique et les africains aujourd’hui !
Du côté de l’Europe, on continue à trimer pour des salaires de plus en
plus bas. De nombreux pays, la France en tête, s’enlisent dans un racisme
qui n’a jamais cessé et qui trouve ses sources dans de lointaines époques
qu’on voulait croire révolues, un racisme annonceur de dangereux
lendemains pour la jeunesse en général, et pour la jeunesse immigrée en
particulier. Là-bas aussi, heureusement des résistances existent, des
alternatives aussi, menées par ceux qui refusent le monde qu’on voudrait
leur vendre avec le travail obligatoire. Ils veulent un monde qui prône un
chômage heureux, se libérant ainsi du stress et de la vitesse qui
caractérisent nos sociétés occidentales, et qui auront bientôt fini par
nous faire perdre tout à fait le sens de la vie... Des solidarités
nouvelles tentent alors de nous faire oublier la tristesse de nos vies, et
l’on peut espérer un jour que le taux de suicide ne soient plus la
première cause de mortalité chez les jeunes, que les gens n’auront plus
besoin de devenir alcooliques, drogués (du pétard à la télé, en passant
par le stade...) ou névrosés et sous antidépresseurs pour combler la
vacuité de nos rapports humains...
On s’organise donc, on se parle, on se reconnaît, et l’on apprend à
l’occasion à aiguiller notre sens du discernement. Dans un monde, où les
grands médias, et où même les journalistes indépendants se laissent
parfois aller à la « pensée unique », par intérêt, ou manque d’exigence
intellectuelle car il est difficile de rompre avec les schémas simples qui
nous sont proposés. L’opposition entre l’homme noir et l’homme blanc, qui
sera ressortie à diverses reprises dans ce forum, n’a pas de raison
d’être, elle est dangereuse et s’appuie sur des analyses faussées,
dépassées, racistes, et il faudra faire encore un effort pour s’en
débarrasser totalement. De nombreux intervenants et leurs idées
néo-coloniales, n’avaient pas leur place dans cette rencontre. La
contradiction aura permis de les démasquer, et l’on ne peut que s’en
féliciter. Nous avons le temps, nous sommes en train de construire quelque
chose de nouveau, et ce n’est que notre première rencontre.
En dénonçant les dérives des acteurs qui aujourd’hui veulent accaparer
l’organisation et la mise en réseau des résistances à l’échelle mondiale,
et au delà, en proposant de nouveaux outils pour atteindre cet objectif,
l’étrange rencontre a contribué à ouvrir un nouveau chemin, une nouvelle
branche dans le monde des forums sociaux. A la manière des développeurs de
logiciels libres, qui décident ensemble de privilégier une direction
plutôt qu’une autre dans la conception d’un logiciel, on se débarrasse à
notre tour des bureaucraties gênantes et archaïques, de la coquille qui
dérange et freine nos combats, pour passer à un nouveau stade dans la mise
en oeuvre de nos alternatives, et avancer plus vite dans la prise de
conscience collective, et vers la libération d’un système qui nous étouffe
au nord comme au sud dans un même étau.
A travers l’utilisation intensive des nouvelles technologies pendant ces 6
jours, les mécanismes de suivi de l’étrange rencontre seront, on le croit,
qualitativement améliorés, afin de marcher ensemble vers plus
d’efficacité dans nos luttes sur le plan local, national, sous-régional et
dans l’articulation de celles-ci sur le plan mondial, thématique, à
travers de nombreuses rencontres, qui ne seront plus des lieux
touristiques pour « altermondialistes » en manque « d’esprit de clarté »
ou égarés « dans l’esprit de jambage ».
Nous avons pu nous parler franchement, et « lutter contre le pessimisme
ambiant », relever la tête et nous avancer avec fierté pour dire,
ensemble, depuis l’Afrique et à l’Europe, à ceux qui nous oppressent, ici
comme là-bas, que leurs temps arrivent bientôt à sa fin. Nous sommes
jeunes et déterminés. Nous nous battrons, car ce sont nos vies et celles
de nos enfants qui en dépendent. Personne ne viendra nous sauver et nous
savons que notre destin est entre nos mains.
Chemin faisant, nous avons vu qu’il était difficile de distinguer
rapidement la qualité de ceux qui marchent à nos côtés. Du nord ou du sud,
au sein des ONG ou des gouvernements, dans l’organisation de la rencontre,
ou au sein des participants, l’imposteur est partout. Et nous devrons
apprendre à être vigilants à l’avenir pour ne pas répéter les mêmes
erreurs. Nous devrons également apprendre à reconnaître ceux qui nous
soutiennent, ceux qui luttent vraiment, sans s’arrêter à de simples
considérations de couleur, d’appartenance religieuse ou idéologique, mais
sur la base d’une véritable curiosité pour l’autre, pour sa différence,
pour son expérience, son identité, son témoignage et surtout, et je crois
que c’est le plus important, en travaillant ensemble. Car c’est
véritablement en se donnant la main, au sein de projets communs concrets,
de dynamiques communes porteuses de sens, que nous pourrons voir si
véritablement notre union est solide, et dépasser le cadre des simples
échanges théoriques dans des conférences-débats, lors d’une rencontre
comme celle que nous venons de vivre...
J’aurais envie de partager avec tous les participants les nombreuses
surprises que j’ai eu pendant ces 6 jours, mais je n’en retiendrai qu’une
seule. Le « fou » qui circule un peu partout sur le campus, qui nous
dérange un peu, et qui vole parfois les savons dans les salles de bains,
et que certains auront tenté d’utiliser pour justifier et dénoncer un
climat d’insécurité imaginaire sur le campus. Et bien, ce fou a commencé à
faire un peu de bruit pendant la séance plénière de bilan, le samedi
matin. Je suis allé vers lui tranquillement, et lui ai dit qu’il serait
gentil de sa part de ne pas perturber les débats, parce que nous
travaillions à changer le monde, et que ça a bien commencé et qu’il serait
dommage qu’à cause de lui, nous devrions remettre ça à plus tard. Je lui
ai dit qu’il y avait urgence, car trop de gens sont oubliés, et laissés à
eux mêmes. Il m’a répondu qu’il voulait juste un peu d’eau. J’ai attrapé
deux sachets que je lui ai remis. Il m’a remercié et a quitté la salle.
Plus tard, alors que les uns et les autres étaient déjà tous partis au
restaurant, il m’a fait remarqué que nous avions laissé la salle dans un
état lamentable, et que c’était pas terrible de notre part. Nous voulions
changer le monde et nous n’avions pas été capables de respecter nos lieux
de vie et de travail, et de nous respecter nous mêmes. J’ai alors commencé
à ramasser avec lui les nombreux détritus et papiers qui jonchaient le sol
et rapidement la salle était redevenue vivable.
Rien ne sert de se battre pour changer les choses sur le plan mondial si
nous ne sommes pas capables de bien nous comporter d’abord dans notre
environnement immédiat. Nombreuses auront été les déceptions autour de ce
forum, autour de la nourriture, pas toujours très « éthique », autour des
comportements des uns et des autres (manque de respect des femmes,
invisibilité de certains quand on salue seulement ceux qui sont en
vue...), mais ces déceptions sont à l’image du monde dans lequel on vit et
de l’état lamentable dans lequel l’ont plongé des années durant un
capitalisme financier prédateur, qui a écrasé et détruit en nous de
nombreuses valeurs fondamentales, nous opposant les uns aux autres pour
permettre toujours plus de profit pour les puissants.
Il est plus que temps de se regarder dans un miroir. De reconnaître qui
nous sommes, et là où nous allons pour adapter nos comportements, changer
nos mentalités. Agir sur un plan individuel pour s’améliorer, être à
l’écoute des uns et des autres, pour passer ensemble à l’action
collective, dans la lutte, qui seule pourra nous libérer de l’oppression.
C’est urgent. Le frère rasta Art’ajah l’a rappelé : notre planète est en
danger, et c’est un premier défi pour notre génération. Des jeunes
d’Europe et d’Afrique, l’espace de quelques journées, ont eu envie de
croire qu’on pouvait ensemble agir sur nos vies. La parole a un peu été
libérée. Bien sûr, le Togo voisin reste sous le joug du dictateur
françafricain et de ses réseaux mafieux, mais déjà à l’horizon se profile
un murmure grandissant, une colère sourde qui gronde et avance
inexorablement, porteuse d’espoir infini, et dont personne ne connaît
vraiment l’issue, mais qui constituera à coup sûr, au devant de
l’histoire, un de ces étranges moments qui fait qu’il se murmure doucement
que « quelque chose » s’est passé ici à Calavi.
----------
A l'année prochaine !
Zoul
zoul at no-log.org
http://www.zoulstory.com
Plus d'informations sur la liste de diffusion Zoulstory