[L'autre (tour du) monde de zoul...]Vers un sommet de la jeunesse– Afrique... vide de sens ?

Zoul zoul at no-log.org
Mar 24 Juil 11:12:53 CEST 2007


Ah je me demande quand même un peu comment je me retrouve là-dedans , mais
c'est arrivé, je viens de passer une première journée en compagnie de «
jeunes leaders », « consultés » dans le cadre de la préparation du
prochain sommet de la jeunesse Europe – Afrique qui aura lieu au Portugal
la première semaine de décembre...

Sommet ? Et oui sommet, vous avez bien lu, il ne s'agit ni d'un «
contre-sommet » ni même d'un sommet citoyen, mais bien du sommet officiel
qui réunira des jeunes d'Europe et d'Afrique pendant le second sommet des
chefs d'état d'Europe et d'Afrique...

Comment je me suis retrouvé là? Et bien, vous le savez tous : j'organise
avec les réseaux africains que je fréquente depuis quelques années
l'étrange rencontre. La structure qui porte le projet en France,
Solidarités Jeunesses, m'a « embauché » pour mettre à bien le processus
menant à la rencontre. Des demandes de financement ont étés réalisés sous
l'égide du YAP (Youth Action for Peace), un mouvement international qui
est « branché » sur ce genre de rencontres...

Alors me voilà pour 3 jours à Marly le Roi, en compagnie de jeunes
européens, tous sont plus ou moins « professionnels » de la jeunesse. Un
peu comme si l'on pouvait dire que je deviens une sorte d'expert de l' «
altermondialisme »...

Bref, après cette première journée, mon sentiment est assez mitigé. Il
faut d'abord dire que l'organisation n'est pas vraiment terrible. Passons
sur la journée du dimanche perdue, consacrée à l'arrivée et à
l'installation des participants. Heureusement, j'étais déjà sur les lieux
puisque travaillant à la préparation au départ en chantier d'une
cinquantaine de jeunes dans les pays du sud, avec Solidarités Jeunesses...
Passons sur l'annulation de l'événement culturel du dimanche soir. En
revanche, là où l'on peut critiquer largement cette rencontre, c'est dans
la façon de vouloir contrôler la parole des participants. Sous prétexte de
manque de moyens – quand le Forum Européen de la Jeunesse reçoit 2
millions d'euros de subventions chaque année -, sous prétexte de manque de
temps, sous prétexte de processus en cours, tout est bon pour nous faire
passer la pilule, et qu'on accepte sans broncher de ne pas poser de
questions sur la façon dont les choses se passent et se décident...

L'ambiance, je l'ai senti dès le début dans la façon de certains des «
encadrants » de s'adresser à nous, comme si nous étions du bétail, pris en
charge, et qui allait gentiment accepter tout ce qu'on nous imposerait.
Alors non, je n'accepte pas qu'on m'impose d'aller être pris en photo pour
le trombinoscope. J'aurai voulu qu'on me demande si ça ne me dérangeait
pas. Je n'accepte pas non plus, et là, je ne suis pas tout seul, qu'on
nous présente un processus de consultation, sans à aucun moment, nous
laisser une seule seconde pour poser des questions, comprendre et
expliquer les choix qui sont faits, et qui sont contestables.  Je
n'accepte pas que les thèmes et les débats soient systématiquement
orientés, encadrés, dirigés dans un sens que j'éxècres...

Alors évidemment, quand lors du premier atelier « Good governance and
democracy » , je pose des questions à la facilitatrice pour savoir si un
temps de parole sera prévu pour interroger l'organisation de cette
consultation, ça commence à créer un peu la panique. Quand en plus, je
créé de la polémique en introduisant dans les discussions des thèmes qui
semblaient ne pas avoir été prévu sur le rôle de l'Europe et des pays
européens dans la situation actuelle de l'Afrique, alors je commence à
déranger sérieusement.

Je m'étais couché hier soir avec pas mal d'incompréhensions : un sentiment
confus entre satisfactions, frustrations, envie de les envoyer chier ou de
les aider à comprendre.

Ce matin, au réveil, assez tôt, les choses se sont soudainement clarifiées
: la plupart - je dirais une grande majorité - des participants sont, à
des degrés différents, victimes de l'idéologie dominante, d'un savoir
inculqué, scolaire, universitaire, d'idées et de théories préconçues, et
arrivent ici avec le sentiment de connaître leur sujet et d'être bien
informé. Ils tiennent leurs idées de leurs études, de leurs expériences
dans leurs organisations, mais ont bien souvent eu des contacts avec le
continent noir assez limités. Leurs perceptions des "réalités africaines",
y compris pour certains membres de la diaspora, sont bien réduites. Leur
compréhension des mécanismes de domination à l'oeuvre au niveau mondial,
des résistances, du vrai visage des institutions multilatérales, est
tronquée. Alors évidemment, confronter tout cela avec mon expérience,
issue de ma participation active à de nombreux forums sociaux africains,
mon analyse de la situation forgée au sein de Survie, du CADTM entre
autres, et vous vous trouvez dans une situation explosive, qui n'est pas
pour me déplaire...

En plus de ça, les discussions ont étés nombreuses et enrichissantes, les
contacts également, et c'est en somme quelque chose de tout à fait positif
que l'existence de cet échange. Je vous en parlerai dans un prochain
message. Il reste cependant vraiment beaucoup de travail pour informer et
changer les mentalités, et je ne pense pas que je serais retenu pour
aller, en décembre, cracher mon « venin altermondialiste » à la têtes des
chefs d'états et des représentants de nos « belles » institutions
européennes....

Tant pis, l'étrange rencontre sera impulsée une autre dynamique, avec les
véritables acteurs d'un processus de changement à la base, véridique et
sincère...

Zoul
zoul at no-log.org
http://www.zoulstory.com


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