[L'autre (tour du) monde de zoul...]Jusqu'ici tout va bien...

Zoul zoul at no-log.org
Mer 14 Nov 03:06:25 CET 2007


Les mois de novembre et décembre devaient être calmes... pour moi.
Et bien c'est tout le contraire, et j'ai comme l'impression que ça devient
une habitude.

Rapide flashback avant d'en venir à l'actu ! Fin octobre à Lomé. Je ne
vous ai pas beaucoup parlé du Festival International du Film des Droits de
l'Homme de Lomé auquel j'ai participé.
C'est volontaire. J'avais du boulot sur place, et ça me laissait assez peu
de temps pour écrire.
En plus, ni « Révolutions mode d'emploi », ni le désormais fameux et
renommé « Mascarade » n'ont étés diffusés, alors...

N'importe qui parmi vous aurait de toute façon senti immédiatement cette
atmosphère d'une tristesse sans nom. L'errance des togolais dans les rues.
Les rues encore plus désertes que d'habitude quand la nuit tombe. Le
silence. Le silence. Le silence, imposé à ceux qui voudraient encore
l'ouvrir, après cette nouvelle mascarade. Le silence qui s'impose sans
l'usage des armes aux journalistes indépendants, aux militants des droits
de l'homme, à tout ceux sur qui la pression et les menaces sont de retour.
En force. Le silence qui fait rage aussi en France, bien sûr, à ce sujet.

D'ailleurs, laissons maintenant le Togo : je suis en France, non? Et bien,
jusqu'ici tout va bien. Au pays des droits de l'homme, en quelques 2
semaines, j'ai assisté à de nombreuses violations de ces droits,
justement, et en toute impunité. N'est-ce pas la France qui engendre des
dictatures comme au Togo ? Tout se tient finalement. J'ai rapidement parlé
ici de Kébé, ami, ivoirien, sans-papiers, mais pas sans-droits pour
autant. Interpellé à Bordeaux, contrôlé au faciès dans une gare, incarcéré
pour défaut de papiers d'identité. Une bataille s'est immédiatement engagé
pour le sortir de là : avocats, comité de soutien, campagnes de
sensibilisation à Bordeaux, Montreuil et Paris, occupations, tribunaux,
recours. Rien n'y fait pour le moment. L'ami est toujours en taule, en
instance d'expulsion. Nous serons 1 milliard à l'aéroport, alors qu'ils
essayent un peu pour voir. Et s'ils insistent, on part tous avec lui, et
on laisse les français entre cons et racistes.

J'ai pas parlé de ce guinéen de Conakry, menacé d'expulsion lui aussi, au
mépris de sa douleur, souffrant d'hépatite B, de schizophrénie, et dont on
rapportait le cas cet après-midi du samedi, à la bourse du travail de
Paris, entre deux histoires de luttes racontées par Rabiatou Diallo de la
CNTG, la plus grande et plus ancienne centrale syndicale de Guinée.

J'ai pas parlé non plus des togolais sans-papiers, en cours de demande
d'asile, qu'on arrête dans toute l'Europe, pour un charter groupé,
maintenant que tout va bien là-bas... Mais vous allez dire que je radote.

http://radioretention.kofele.org/

Alors plutôt que de tous les citer, on a monté radio rétention. Vous
pouvez ainsi donc faire connaissance avec plein de gens sympas, qui
bossent, qui sont ici depuis 30 ans des fois, qui ont des frères, des
soeurs, des parents, des enfants français, et à qui on refuse soudain le
droit de vivre en France. On les arrête un jour, les prive de leurs
boulots, de leurs familles, de leurs vies, et boum, on les balance,
quelque part, loin, on s'en fout, ailleurs... Alors on peut les écouter,
en direct depuis les CRA, les centres de rétentions administratifs,
témoigner de leur malaise. Malaise à croire que la France est le pays des
droits de l'homme. Et je vous dis, jusqu'ici tout va bien... Ecoutez Kébé,
il a pas l'air d'un voyou, non ?

http://www.afriradio.net/audio42.html

Radio rétention, c'est bien. Ca commence à se mettre en place, mais ça m'a
surtout donné une idée. Voir un peu plus grand : à mon petit niveau,
j'hésitais pas mal entre me ré-inscrire aux assedics, qui m'avaient virés
vu que j'étais visiblement pas en train de chercher du boulot pendant 3
mois en Afrique, pleurer un « job » à l'ANPE, ou un emploi-tremplin auprès
d'une association ou d'une autre, quand je me suis dit qu'entre une
indemnité de misère, un salaire minimum + mutuelle + tickets restau,
valait encore mieux pas bosser du tout et pas avoir de salaire du tout. Je
me suis tout de suite senti super bien et j'ai commencé à réfléchir à ce
que j'allais faire de mon temps ainsi libéré.

Et c'est là qu'on retombe sur la radio. Radio Résistances, radio des
luttes, radio du mouvement qui se met en place ! Et oui, ça bouge en
France, d'ailleurs aujourd'hui, c'est tout bloqué. Vive la grève. Donc. Un
beau mouvement social, après 6 mois de convalescence, est en train de
démarrer tout doucement, mais avec un bel avenir devant lui... Et l'idée,
comme j'aime si bien le faire, c'est d'essayer de donner de la voix à tout
ça, de proposer un outil à tous ces petits gens biens qui s'agitent, et de
faciliter la communication, entre eux, et vers tous les autres qui
hésitent encore un peu à rentrer dans la danse : on ne peut vraiment plus
laisser aux médias qui mentent, et qui puent le fric, le monopole de
l'information. On a déjà vu ce que ça a donné.

Bon, je sens que je vais encore être trop long, et pas lu. Donc, pour
faire bref. J'étais en pleine excitation créatrice sur ce projet de radio,
contact était pris avec les copains de Bellinux qui ont montés la radio du
ministère de la crise (du logement), dans la lignée de la radio éphémère
et autonome des 1000 de Cachan. Ils disposent donc d'un superbe local au
coeur de Paris, état neuf, avec vue direct sur la Bourse, protégé par de
nombreux cars de polices, et devant lequel dorment depuis 6 semaines 100 à
200 familles en attente de logement. Jusqu'ici tout va bien.

On va donc voir comment on peut ensemble dynamiser / dynamiter cette radio
au milieu de ce lieu qu'on affectionne particulièrement, et dont le
potentiel de développement ferait pâlir d'envie tous les créateurs de
start-up avant l'explosion de la bulle internet.

Bref, je suis décidément trop long ce soir.
C'est peut-être parce que je vais lâcher le monde « connecté » pendant 15
jours.

Zoul en tournée européenne ?
Presque. Je me retrouve embarqué un peu par hasard, et tout à fait au
dernier moment – du jour au lendemain - dans une aventure pas banale ma
foi. Solidarités Jeunesses m'envoient dans un coin paumé d'Islande, une
petite île bien glacée au nord de l'Europe, afin d'échanger, réfléchir,
découvrir avec d'autres européens, tchèques, slovènes, espagnols et
quelques islandais bien sûr, sur le potentiel en énergies renouvelables
qu'offre l'Islande, à travers l'hydro-électricité, la géothermie.

Bref, un domaine que je connais pas vraiment, mais ça me tente bien
d'aller découvrir l'Islande,
- spéciale dédicace à mon pôte Mimosa qui m'avait vanté les mérites de ce
pays mystérieux -
dans une cabane à ski, au milieu de nulle part, sans internet, sans
téléphone, sans chauffage, non je déconne, je crois qu'y aura au moins un
peu de chauffage. Enfin, je vous dirai ça en rentrant.

Et après? Après deux semaines sans internet, si je survis donc, je
passerai deux jours à Londres, où j'aurai l'immense plaisir de retrouver
mon grand ami nigérien de Bamako, j'ai nommé Souley, un sankariste de la
première heure qui avait animé avec brio le camp de la jeunesse Thomas
Sankara, et de nombreux « marchés des peuples », lors des forums du même
nom !

Ensuite, retour à Paris quelques jours, et je prendrai la route pour
Lisbonne, Portugal, pour « participer » d'abord au sommet officiel de la
jeunesse d'europe et d'afrique en prélude au sommet des chefs d'état, et
je risque pas de m'y ennuyer : j'ai quelques petites idées pour que ce
soit pimenté. Ensuite, je retourne à mes premiers amours, avec la
participation au sommet « alternatif » organisé contre / en parallèle au
sommet des chefs d'états Afrique / Europe, pour ne pas dire « Eurafric
»...

Je m'arrête là en souhaitant longue vie à la grève qui commence ce jour !

Zoul
zoul at no-log.org
http://www.zoulstory.com




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