[Zoulstory.com] En direct de Lomé - Bilan de l'année et perspectives... - à une s emaine de l'étrange rencontre 3

Zoul zoul at no-log.org
Mar 11 Aou 00:58:43 CEST 2009


ça va mal. Zoul parle de lui même à la troisième personne.
Il a bien voulu s'accorder une interview exclusive.
Lisez-plutôt !

Par où commencer ?
Je suis actuellement à Lomé, où va se dérouler la semaine prochaine la
troisième édition d'une rencontre de la jeunesse Europe-Afrique-Amérique,
dénommée étrange rencontre, et que j'ai contribué à faire vivre depuis 3
ans maintenant.
Je suis fier et ravi de voir que les togolais se sont organisés seuls pour
accueillir et organiser cet espace, et de voir aussi la motivation de
nombreux jeunes dans de nombreux pays pour organiser et prendre en charge
par eux-mêmes leurs déplacements. Il y a bien sûr la volonté de s'amuser,
de prendre du bon temps et un peu de vacances, mais tout de même,
l'échange, par delà nos différences, sur les thématiques de lutte, autour
de nos expériences propres, sur une tonalité plutôt radicale, ça devrait
être sympa...
On a pas un copec, rien n'est vraiment prêt, mais on a la hargne, Lomé a
faim, et c'est bien le principal... Solidarité !

Mais je suis à Lomé depuis plus d'un mois !
Depuis 6 ans que je voyage entre l'Europe et l'Afrique, les propositions
aux amis et à la famille de faire le grand saut et de visiter le continent
africain auront été nombreuses, mais rarement suivi d'effets. Cette
fois-ci, c'est une partie de ma famille qui s'est lancé, et pas des
moindres :
début juillet, ma maman Lulu, mon beau-père Jean-Marc, mon petit frère
Antoine qui a 13 ans ont donc débarqué pour un mois de découverte  du
Togo, avec une semaine bonus express pour visiter un peu le Ghana. Bilan :
Kpalimé et ses montagnes. Kara en période d'Evala, les luttes
traditionelles qui se déroulent chaque année au nord du Togo. Kemerida et
la nuit au village. Kouvé, enfin, le village d'Enyonam, ma femme, où nous
avons si l'on peut dire "célébrer" les 15 ans de la mort de son père,
autour d'une cérémonie traditionnelle et d'une petite fiesta. Lomé bien
sûr, où la fraiche et accueillante maison de l'oncle Germain contraste
avec les chaudes journées à la plage... Repos et confort entre deux
séjours à l'intérieur du pays... Tout s'est très bien passé, personne n'a
été malade, la voiture a tenu le coup et on a corrompu les douaniers,
comme d'hab... Je me demande simplement maintenant qui sera le prochain ?
Papa et la familia ? Mon frangin Thomas et sa petite famille ? Des oncles
et tantes ? Des cousins ? Les paris sont ouverts... Vous êtes tous
attendus...

Le Ghana chaleureux comme l'Afrique, nous a séduit, et continuera à nous
séduire...
J'ai passé sans doute plus de deux ans en tout au Togo, et pas loin de 4
ans dans la sous-région, sans jamais mettre les pieds au Ghana.
Chaque chose en son temps, et c'est finalement seulement maintenant que je
me suis lancé dans cette partie du continent. Avec la familia. Et alors
aucun regret ! L'accueil a été génial. L'occasion d'éprouver le "nouveau"
véhicule que je venais d'acheter au port de Lomé : un gros Ford Transit de
1994, 8 places, où nous avons tous pris place, avec en guest star, Gagné,
18 ans, petit frère d'Enyo qui quittait Lomé pour la première fois de sa
vie. Passé Accra que nous avons  simplement traversé, nous avons fait une
pause chez les marins-pêcheurs de Wenniba, avant de continuer sur Cape
Coast, ses forts et son chateau aux esclaves. Ensuite, direction le nord,
les routes pourries, et les parcs nationaux (Kakum National Park, où nous
n'avons vu aucun animal remarquable, à part les piafs...), puis l'est,
Koforidua, Asamankese, et enfin la région de Ho, collines et montagnes,
climat plus humide, au bord du plus grand lac artificiel d'Afrique -
projet de Kwamé N'Krumah - sur la Volta River.

Et la France alors ?
Tout le monde sait - je crois - que ça fait un moment que je projette -
que nous projettons - de nous installer en Afrique plus sérieusement.
Mon coeur me poussait plutôt du côté du Togo, mais la situation politique
est tout de même toujours aussi pourrie, ne parlons même pas de la
situation économique et sociale. J'ai pensé au Ghana un temps, mais
l'anglais semblait peut-être un obstacle. Ce court séjour m'a confirmé que
ça pourrait aller. Finalement, avec Enyonam, nous sommes en train de voir
comment nous organiser pour vivre entre ici et là-bas, à cheval sur la
frontière, à cheval entre l'urbanité paisible de Lomé, et la ruralité
frénétiquement touristique du côté ghanéen. Merde, j'avais dit que je
parlais de la France. Nous rentrons à Paris le 8 septembre, pour dire au
revoir aux uns et aux autres, essayer de toucher le chômage, qu'Enyo
soutienne son mémoire de Master, pour un dernier CA de Survie, mais aussi
pour faire la fête, et notamment pour participer à la fête de l'humanité.

Chomage ? ça veut dire que t'as plus de boulot ?
Pour ceux qui n'ont rien suivi, je bossais depuis mai dernier dans une
petite ONG basé à Paris, mais avec le coeur en Afrique. Inter-réseaux
qu'elle s'appelait. Inter-réseaux Développement Rural. Ma mission tournait
autour de l'usage des nouvelles technologies pour les échanges
d'informations en réseaux justement. J'ai fait cela de mon mieux pendant
un an, au sein d'une équipe sympathique et compétente, dévouée et agréable
à qui je laisse un nouveau site web. Malgré tout cela, le quotidien d'un
bureau parisien n'était pas vraiment fait pour moi. D'autant plus que nous
parlions et travaillions toute la journée autour du monde rural africain,
et que c'était dur de prendre le métro chaque soir, en pensant à la
chaleur des paysans du Niger, du Sénégal ou du Mali, alors que j'avais
passé toute la journée le cul posé sur ma chaise, en face d'un putain
d'ordinateur on ne peut plus abrutissant...

Et Survie ?
J'ai donc consacré énormément de temps aux activités associatives, en lien
avec l'Afrique, au cours de cette année à Paris. Principalement au sein de
Survie bien sûr, en intégrant le conseil d'administration, ce qui m'aura
permis de mieux comprendre le fonctionnement de cette asso indispensable,
mais aussi et surtout en continuant pour la quatrième année consécutive
mon engagement au sein de Survie Paris Ile de France, avec des centaines
de soirées organisées, et une super équipe de militants renouvelés, une
émission de radio régulière sur FPP, une radio libre de Paris, les jeudis
africains, et avec de nombreux collectifs divers et variés etc etc...

J'ai quitté Paris tout de même un peu amer, ayant présenté depuis 2 ans et
à 3 reprises ma candidature à des postes salariés au sein de l'association
Survie, comme permanent. Ayant atteint certaines limites dans mon
engagement bénévole, j'aurai aimé, pour quelques années, essayer de mettre
mes compétences et mon dynamisme au service d'une noble cause, de
l'intérieur, au coeur de l'action, avec une liberté d'action, et plus de
temps disponible, chose que je ne pouvais faire en ayant un travail à
côté. Mes candidatures n'auront pas reçu l'attention que je pensais
qu'elles pouvaient mériter. Mais c'est aussi cela l'engagement militant,
et j'ai été tout de même très ravi d'apprendre que c'était mon ami Danyel,
qui revenait d'une longue période au Niger qui a finalement été embauché.
Survie et son combat continuent, je m'éloigne un peu du siège, et
m'aventure sur d'autres combats, d'autres alliances, qui croiseront
toujours les idéaux portés par l'association et ses membres. Avant de
retrouver Survie un autre jour plus favorable, qui sait ?

Et maintenant alors ?
Enyo doit avoir son diplome, en septembre en France, et nous reviendrons
dès octobre nous installer à Lomé - avoir notre propre maison - et monter
à Lomé une petite structure type ONG dans le domaine de la communication
pour le développement. Avec mes compétences techniques et le talent d'Enyo
dans les relations publiques, cela pourrait bien marcher, à condition
d'être patient bien sûr... En parallèle, du côté du Ghana, nous allons
explorer les possibilités de mettre en place un petit coin de paradis, où
venir se reposer, faire pousser ses légumes, et acueillir amis et
militants, et pourquoi pas touristes en quête de repos et de sens, dans un
lieu coupé du monde, où l'on pourra se réconcilier avec le monde et la
nature, en attendant de retourner l'affronter dans le combat quotidien
qu'est la vie.

Et la politique ?
Walai, j'ai presque pas mis de politique dedans. C'est rare non ? Ah oui,
j'oubliais, ça faisait longtemps que j'avais envie de donner des
nouvelles, mais j'avais Internet en ADSL à la maison (chez un voisin, avec
le wifi..) mais cet abruti a changé d'avis, et il va me couper demain
matin, alors j'ai profité pour vous écrire rapidement. J'avais préparé des
photos, je les mettrais ptet un jour en ligne. Je vous lirai donc dans un
cyber au cours des prochains jours, mais ne vous attendez pas trop à des
réponses rapides... Je préfère tout de même nager à la piscine, lire et
bronzer au soleil que d'aller m'enfermer et suer dans les cybers
poussiéreux et mal ventilés de Lomé...

Ne renoncez pas à vos rêves et luttez, ça rend heureux, il paraît...
A très bientôt, portez-vous bien.

Zoul - Lomé - Août 2009
zoul at no-log.org
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