[Zoulstory.com] Drôle d'époque au Togo... Fin février dans l'anticha mbre de l'enfer ?

Zoul zoul at no-log.org
Mar 23 Fév 03:51:41 CET 2010


On dit souvent que le mois de février est le mois le plus chaud au Togo.
Avec la campagne électorale qui a commencé cette semaine, on se demande si
2010 ne va pas voir de nouveaux records de chaleur, et l'on s'inquiète
déjà du mois de mars qui arrive, qui pourrait se révéler brulant, voir
invivable pour de nombreux togolais...

Alors vous allez me dire que depuis un trimestre que je ne vous donne pas
de nouvelles, je ne vous écris tout de même pas pour parler simplement du
climat... Et bien non, vous avez raison, et je dois vous écrire pour de
nombreuses raisons, mais... la chaleur, la paresse, le temps de vivre, et
même un peu de boulot parfois, ont pris le dessus ces derniers temps.

Allez, ci-dessous, quelques impressions sur ce qui se passe en ce moment
au Togo... Donnez aussi des nouvelles en retour, ça fera toujours
plaisir...

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Bonne nouvelle : à l'actif du président qui s'était fait remarqué sur la
scène internationale par une arrivée quelque peu meurtrière, le Togo ne
compte quasiment plus de chômeurs en cette période électorale. La
population, qui geignait il n'y a pas si longtemps d'avoir été oublié,
maltraité, méprisé par le pouvoir en place depuis si longtemps, a enfin
retrouvé le chemin du travail. Chaque matin, chaque soir, chaque instant,
rendez-vous est pris dans les points de rassemblements : villas, parkings,
siège des partis (pour ne pas dire du parti), buvettes et autres maquis...
On boit et mange à volonté, jusqu'à l'éclatement, ou la nausée, avant de
partir en groupes, juchés sur des camions, camionnettes, des vans, ou des
motos, affublés des t-shirts blancs et des pagnes à l'effigie du
candidat-président, armés d'une bonne sono, ou d'un orchestre mobile, et
l'on sillonne ainsi dans un tonnerre assourdissant les nombreux quartiers
de la ville...

Les cortèges sont constitués, précédés ou suivis de 4x4 bien brillants, et
même flambants neufs, recouverts d'affiches aux slogans les plus divers.
Ils sont souvent conduits par des femmes bien en beauté, et la musique (de
nombreux artistes chantent la gloire de Faure, avec à leur tête la star
Koffi Olomidé...) accompagne les klaxons qui rythme le funeste cortège.
Après quelques heures de cet improbable concert mobile, on se rassemble en
des lieux divers pour prendre son salaire, bien supérieur à celui en
vigueur le reste de l'année au Togo (SMIC à 28.000 CFA soit 45 euros
mensuel). Entre 2000 CFA (3 euros) et 5000 (7,50 euros) pour quelques
heures de ballades et de cris, l'affaire est emballée, et l'on continue à
boire, à manger, à danser et à chanter, dans cette euphorie qui trompe au
moins ceux qui y participent.

Voilà pour l'essentiel du show. Tout le reste n'est qu'une affaire de
décor. Et le décor, c'est d'abord les pancartes et les affiches. Le matin
du premier jour de la campagne, quel togolais n'a pas été surpris de voir
l'efficacité eu candidat-président pour l'organisation du collage !
Quartier par quartier, maison par maison, chaque mur, chaque portail, pour
ainsi dire, a reçu la visite des colleurs d'affiches. Plus un panneau
publicitaire 4x3 qui vante autre chose que la réélection du président
fort.
Quand aux petites affiches et affichettes, elles ont aussi recouverts
l'ensemble des panneaux qui annoncent des sociétés, des commerces, des
associations, ou autres... La rumeur, en ville, affirme qu'on aperçoit
parfois la nuit, à des heures tardives, les soldats en train de réaliser
les collages. Des affiches qui proviendraient tout droit, toujours selon
la même rumeur, de l'EDI-Togo, le service d'édition nationale de
documents. Il se murmure doucement que cela est fait à titre gracieux.
Cela expliquerait ce déferlement, mais on ne peut confirmer cette
information à ce stade.

Bon mais les affiches, c'est petit. Et Faure veut aller « Plus haut, plus
loin, plus Faure ». Alors il faut comprendre pourquoi certains quartiers
de Lomé subissent à nouveau le délestage pendant de longues heures : le
président s'est offert dans de nombreux coins de la ville, de véritables
édifices publicitaires, de métaux et de lumière, à faire pâlir de jalousie
un Bongo, qui proclame haut et Faure la supériorité du candidat-président.
Ces édifices doivent consommer à eux seuls l'équivalent de l'électricité
nécessaire à une ville de province en Europe, mais c'est vrai que ça a de
la gueule... Je m'en suis rendu compte l'autre soir, à 4h du matin, en
déposant un ami à l'aéroport, on se croirait à New-York ou à Tokyo,
surtout la nuit, quand l'obscurité alentour empêche de voir la crasse et
la misère qui demeurent en bas de ces installations surréalistes.

Pendant ce temps-là, que fait donc l'opposition togolaise ? Ils essayent
de rivaliser en affiches et en cortège, mais manifestement ne font pas le
poids. Tous négocient et négocient encore, non pas pour dégager un
candidat unique, mais plutôt pour s'assurer un poste au chaud. Lorsque
Faure sera réélu? Parfois, ils se « suspendent », menacent de « boycott »,
pour toujours finalement revenir dans la campagne, même s'ils savent tous
que leurs chances sont bien faibles face à l'homme fort, et à sa machine
bien huilée.

Et côté société civile ? ça cause non-violence, un peu, beaucoup,
passionnément, y'a du financement pour ça. Les religieux de tous bords
appellent à l'apaisement, et à la non-violence, original. Quelques voix,
bien rares, bien faibles, mettent en garde ceux qui veulent bien les
entendre sur les risques importants, notamment de violences
post-électorales à grande échelles, liées à l'organisation d'un scrutin
dans de si mauvaises conditions (contentieux sur le fichier électoral,
milices à peine déguisées, achats massifs des consciences...).

Il y a aussi ceux qui s'organisent pour « paniquer le pays » si le
résultat officiel annoncé ne correspondait pas au constat fait dans les
bureaux de vote. Le risque est grand de voir ses leaders se faire arrêter
dans les jours qui précèdent le scrutin, et on ne sait pas grand chose
d'éventuels mécanismes d'alertes, de protection des victimes de violations
des droits de l'homme, ou même des mesures prises pour porter assistance
aux blessés en cas de violences.

Ce qu'on sait, ce sont les sommes énormes qui ont servies à équiper la
police et la gendarmerie en matière de « gestion démocratique des foules »
: et ça fait flipper... Il y a aussi des ambulances dans le lot, et on
murmure discrètement qu'au Bénin, la représentante du HCR a fait aménagé
deux sites pour prévoir ce qu'elle ne souhaite évidemment pas :
l'affluence massive de réfugiés sur la frontière Togo-Bénin...

Bon, mais comme dit la chanson qui passe en boucle (contre 30.000 CFA
samedi soir dans tous les bons bars d'Aného), les opposants savent
toujours crier quand ça ne va pas, mais ils disent jamais quand ça va.
Alors disons-le, ça s'améliore au Togo au niveau de la circulation
routière : le nombre de barrages de militaires qu'on croisait il y a de
cela 5 ans s'est considérablement réduit, et de nombreux chantiers de
route existent, on a même installé par loin de chez moi des lampadaires à
panneaux solaires, qui devraient fonctionner la semaine avant le vote...

Que reste-il à faire ? Un jeune commerçant dit qu'il est fatigué, que de
toute façon les soldats sont plus « forts », et que quand la répression
s'abat, il ne vaut mieux pas être dans la rue. Lui, il va se barricader un
jour ou deux, en attendant que ça passe. D'autres, pour ceux qui peuvent,
quittent déjà le pays, ça limite un peu les risques. Pour ma part, à la
demande de « responsables du quartier » dont je viens de faire la
connaissance, je me contente de tailler les arbres devant ma maison, qui
selon leurs dires « font trop d'ombres.»... C'est vrai que je suis tout de
même le voisin du préfet, et après tout, les branches pourront bien se
remettre à pousser après les élections, non ?

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Amis français : quoi que vous fassiez, votre impact sur la situation au
Togo a toutes les chances d'être égal à pas grand chose, mais vous pouvez
tout de même faire le choix, et l'effort, de mieux vous informer, voir de
changer radicalement de mode de vie. Je vous invite d'ailleurs à venir y
réfléchir ici après les élections si ça vous tente...

Zoul
zoul at no-log.org
http://www.zoulstory.com

Election présidentielle du 28 février 2010, une nouvelle mascarade en
perspective - Communiqué de Survie
http://survie.org/francafrique/togo/article/togo-election-presidentielle-du-28

Togo : Présidentielle du 28 février 2010 : un oeil sur la France
http://survie.org/billets-d-afrique/2010/188-fevrier-2010/article/togo-presidentielle-du-28-fevrier


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