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Mars 2004 :
Bobo Dioulasso, Burkina Faso
Si je m'attendais... On revenait tranquillement
dans la quatre ailes pourrie de la Guinguette, à Bobo,
où on était allé piquer une tête
pour échapper à la chaleur et à la poussière
de l'Harmattan, ce vent poussièreux qui souffle sans
arrêt sur le Burkina à cette époque de
l'année...
Quand soudain, on aperçoit sur le bord de la route
trois étranges silhouettes qui s'avancent vers nous
décidées...
Ils sont trois. Trois étranges épouvantails
de paille, affublés de masques de bois aux couleurs
vives...
Nous en parlions depuis peu, les masques, disait-on, allaient
sortir d'un jour à l'autre...
Avant ce jour, et malgré de nombreux mois passés
au Burkina, je n'en avais bizarrement pas entendu parlé.
Mais j'ai eu la chance, ce jour la, d'assister à une
"sortie de masques" pour le moins inquiétante...
Voici les photos de l'événement commentées
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A peine passé le temps de la surprise, et le temps
d'attraper mon appareil photo, et voici le premier cliché
"interdit" des masques ce jour-là...
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| On
s'immobilise sur le côté de la route, et les
laissons approcher... |
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| Je
dissimule habilement l'appareil derrière les essuies-glaces
et, malgré que Mamadou m'ait mis en garde du danger
de les prendre en photo, j'obtiens ces quelques clichés... |
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| Nous
pensons avoir eu la chance de croiser des masques et je suis
déjà assez content, mais l'aventure ne va pas
s'arrêter là... Car nous apercevons dans le village
voisin une curieuse agitation dont nous devinons la cause... |
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| Un
des masques rôde dans le village.. On ne l'aperçoit
pour l'instant que de loin, mais la population reste comme
figée par peur de la réaction du masque... |
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| Je
peux lire sur les visages la peur, l'effroi, certains s'enfuient
dans les bois, à l'opposé du masque, en pleurant,
d'autres enfants, le regard entre défi et amusement,
lui font face et attendent son approche... |
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| Le
voilà qui approche. Je me cache derrière une
machine de chantier qui s'est arrêtée comme nous
pour assister à la scène... |
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| A
son approche, personne ne sait trop comment réagir...
Certains adultes préfèrent s'éloigner...
D'autres continuent leurs activités comme si de rien
n'était. |
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| Il
arrive près de nous, vers un commerce où sont
regroupés un petit nombre de gens... |
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| Il
reste là, immobile, scrutant les uns aprés les
autres, à la recherche de quelque chose, mystérieux... |
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| Soudain,
il s'élance dans la direction d'un jeune homme... |
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| A
une vitesse impressionante, il traverse la route à
la poursuite du jeune homme au t-shirt bleu qui a pris ses
jambes à son cou et a déjà une avance
confortable sur le masque... |
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| A
notre grande surprise, il le rattrape trés vite, le
coince dans une cour, et sans se servir de ses bras, le ramène
vers le centre de la cour... |
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| Il
va alors flanquer une belle raclée à l'aide
de deux bâtons de bambous... Il y va franchement et
je n'aimerai pas être à la place du jeune homme
! Je suis choqué par cette violence qui s'exerce sur
la place sans provoquer la moindre réaction dans le
public... |
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| Aprés
une bonne minute de coups, il s'en retourne vers le commerce
d'où il venait... |
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| Il
s'approche d'un type et le coince contre un mur. Puis passe
à un autre sans avoir levé son bâton cette
fois... |
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| Il
est difficile de comprendre, pour moi, occidental, comment
la population peut rester ainsi sans bouger, alors qu'il est
évident que c'est un homme qui est sous ce costume,
et qui bastonne au hasard les uns et les autres... |
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| Le
masque devrait réaliser une danse, mais pour l'instant,
il tourne au hasard et ne danse pas... |
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Nous attendons toujours la danse, quand une rumeur se répand
comme la foudre : une panthère est dans les parages
et elle approche à grande vitesse vers nous..
Les trois enfants qui nous accompagnent s'enfuient en courant
s'enfermer dans la voiture. Mamadou me conseille aussi de
rentrer en sécurité.
Mais, déconcerté, je ne réagis pas assez
vite, et déjà je constate que la panthère
approche dans ma direction. Je ne trouve rien de mieux à
faire que de ranger mon appareil photo et de m'asseoir sur
un banc à côté d'une femme qui vend à
manger au bord de la route...
TRAGEDIE. C'est à ce moment
précis que j'aperçois la "panthère",
un homme déguisé en panthère rose - désolé,
je ne vois pas de meilleure description - fonce à la
poursuite d'une jeune fille qui ne doit pas avoir dix ans..
Elle hurle et court, poursuivit par cet homme dont on ne voit
pas la figure.
Elle traverse la route sans regarder, une première
fois, ils se courent après sur 50 m dans la forêt,
puis elle s'élance entre les buissons pour traverser
la route à nouveau, elle monte le talus, et s'élance
et trébuche, elle tombe au sol avec violence, la panthère
la rattrape, lève son fouet de cuir, prend pitié
et la laisse ainsi sanglotante, pleine de poussière
et du sang sur les genoux...
Il repart dans une autre direction en courant, on aperçoit
des enfants qui courent un peu plus loin...
Au moment où la fille a trébuché, une
voiture lancée à vive allure passait sur la
route. Si la fille n'avait pas trébuché, il
y avait les plus fortes chances que la voiture embarque la
fille dans sa course. Aucune chance de survie dans ce cas.
Ce genre de dérapages, ou des gens meurent sous les
coups, ou écrasés suite à un accident
est fréquent au Burkina Faso...
Moi qui pensait découvrir un folklore local amusant,
des danses bons enfants, un genre de théâtre
de rue africain, je découvre une tradition violente,
sauvage, incompréhensible..
Je demande à Mamadou ce qu'il aurait pu se passer si
j'étais intervenu pour secourir la gamine, sa réponse
claque comme un fouet : lynché. Je me fais lyncher.
Je lui demande alors pourquoi les gens laissent-ils faire
ça? Comment une telle tradition peut-elle subsister
sans rencontrer l'opposition des populations? Qui sont ces
gens derrière ces masques? Il me répond par
une autre question :
Quand votre président sort dans la rue,
quelqu'un va-t-il se mettre sur son passage?
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