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Juin 2004 :
3éme Forum des Peuples - Se rendre à Bamako
depuis Lomé !

Et revoila Zoul on the road pour votre plus
grand plaisir j'éspère?
A quel occasion me lance-je sur la route me direz vous donc?
Eh bien, en ce mois de Juin 2004, quelques semaines avant
mon retour en France, je reprends la route pour un petit trip
en direction du Mali, et de Kita plus précisément,
qui accueille du 6 au 10 juin le 3ème Forum des Peuples
: un contre-sommet à la réunion du G8 qui se
tient au même moment en Georgie aux Etats Unis...
Samedi dernier, je rencontre un vieil ami togolais, appelé
Tata, qui travaille au Centre Communautaire de Bé,
à Lomé, et qui représente surtout le
modèle type du farouche militant social. Il m'informe
de son départ la semaine suivante pour ce forum. Pas
d'hésitations à avoir, je lui annonce qu'il
sera accompagné !
Première étape : se rendre sur place.
Et on commence l'aventure sans plus tarder avec un
"petit trip" de Lomé à Bamako... Par
la route ! Et je sais qu'un voyage de ce genre en Afrique
est rarement une partie de plaisir..
Le premier choix que nous devons faire est celui du moyen
à utiliser. Nous avons le choix entre le bus direct
à 28 000 CFA (43 euros) qui relie en un peu plus de
48 heures Lomé à Bamako, le mini-bus en plusieurs
étapes, et en fonction des départs aléatoires
lorsque le véhicule est plein, ou encore les "venues",
ces voitures qui une fois débarquées au port
de Lomé, sont conduites à grande allure vers
leurs destinations finales : Ouagadougou, Bamako, Niamey ou
une autre des capitales africaines...
Finalement, pour des questions de visa pour le Mali, nous
optons pour la solution du mini-bus, et nous embarquons à
18H00, aprés deux heures d'attentes dans un mini-bus
enfin bondé direction Cinkansé, à la
frontière nord du Togo. Un petit billet glissé
nous permettra d'occuper la banquette avant, à coté
du chauffeur, une place prisé pour son plus grand confort...
Le véhicule est surmonté d'une quantité
de bagages impressionante, et à chaque sursaut, nous
manquons de nous renverser. Une fois quelques centaines de
kilomètres abbatus, on commence à oublier le
risque, et puisqu'il fait nuit, et que le faible éclairage
de cette nuit de pleine lune ne nous permet que peu d'observer
les paysages, on se concentre pour essayer de trouver le sommeil...
Mais c'est sans compter sur les nombreux arrêts pour
changer les pneus crevés, ajouter de l'eau dans le
moteur, moteur justement situé sous notre banquette.
En bref, ça donne un truc du genre : je commence enfin
à m'endormir, le véhicule s'arrête, la
portière s'ouvre et je manque de tomber par terre,
je sors avec mes 3 sacs, le chaffeur lève la banquette,
on met de l'eau, de l'huile, du liquide x ou y, et on repart
pour quelques dizaines de minutes... Jusqu'au prochain arrêt...
L'arrivée à la frontière prévue
pour 6 heures du matin semble encore trés loin tandisque
nous changeons encore un pneu, et que le soleil commence déjà
à chauffer sérieusement. Finalement, nous arrivons
à l'issue de notre première étape vers
11H00 du matin.
Croyez-vous que l'on ait changer de chauffeur ou que nous
nous soyons arrêtés pour prendre un peu de repos
durant ce trajet?
Et bien non ! Le chauffeur a tourné à la coke
tout le trajet. Autant vous dire qu'il était nerveux.
Mais je dois dire qu'il restait bien sympathique et courtois.
Enfin, on se pose quand même des questions sur la sécurité
dans une telle aventure...
Second challenge, trouver un moyen de parcourir les 30 derniers
kilomètres qui nous séparent encore de la frontière.
Nous voyons bien que l'attente avec les taxis sera trop longue
(le syndicat faisant respectés scrupulusement le "tour".
La mafia locale toujours trés sympatique...). On rencontrera
finalement deux mobylettes qui doivent faire le trajet et
qui se proposent de nous amener derrière eux. C'est
à ce moment précis que je me félicite
d'avoir fait un sac à dos si petit. Le paysage est
magnifique, l'air raffraichissant.. Les paysans cultivent
leurs champs en famille. Les troupeaux se baladent en liberté.
Imaginez un instant cette demi-heure à l'arrière
d'une mobylette qui file dans le vent, un paysage de savane
des deux cotés, des cases au loin un peu partout, la
vie champêtre : un vrai bonheur !
On arrive finalement au Burkina où le passage de la
frontière s'effectue sans difficultés. Notre
nouvel objectif : Ouagadougou, qu'on va effectuer dans un
grand bus de la compagnie Sogebaf, une compagnie dont la réputation
me fait un peu peur, on dit qu'ils sont peu prudents, trop
rapide, et leurs bus mal entretenus. Le bus est à moitié
vide, cela me permet de m'allonger sur la banquette arrière
et de somnoler. La trajet durera pourtant plus de 6 heures,
sans que je le vois passer. Mais qui s'en plaindra !
Une fois à Ouagadougou, que je retrouve avec plaisir,
nous retournons dans un maquis que j'adore, qui sert un petit
poisson braisé en sauce. J'avale une So.B.Bra bien
tapée, et on repart à pied au terminal de bus
pour continuer la route vers Bobo-Dioulasso dont le départ
est fixé à minuit. Pour embarquer, c'est la
routine sur ce trajet, il faudra d'abord passer par la fouille.
4 soldats en armes sont là pour assurer notre sécurité.
Les coupeurs de route seraient donc toujours dans les parages,
alors on se méfie...
Il a beau être tard, je ne sens pas le sommeil m'attraper
et s'engage alors une discussion à batôn rompue
avec les deux soldats assis à côté de
moi. On discute de tout et de rien, des réalités
de nos pays respectifs, de la drogue, des armes à feu.
J'essaye de les faire parler sur le sujet de la révolution
burkinabé sans succès. J'obtiens tout de même
quelques mots de l'un, le plus sympa, qui me propose de me
donner son téléphone pour mon prochain passage
à Ouaga, ou il m'emmènera voir la tombe de Sankara.
Je comprends donc que le devoir de réserve dont ils
me font part est une obligation pour eux, et non un choix
personnel. Je pense que nous pourrons en parler plus tard.
Au petit matin, nous débarquons à Bobo-Dioulasso,
les 5 heures de trajet sont finalement passées assez
vite. Nous pensions enfin gagner un petit repos mérité,
et saluer mon ami Mamadou Diallo qui nous attendait, mais
nous apprenons que le prochain bus pour Bamako part dans l'immédiat.
Les yeux encore tout collés, les jambes engourdies,
nous avalons un café et une omelette en quelques minutes
avant de repartir pour Cikasso à la frontière
du Mali...
Encore, quelques douzaines d'heures dans un bus d'une chaleur
étouffante, climtisé à l'origine, donc
aux vitres condamnées, mais dont le système
est "gaté" depuis un temps bien lointain...
"En Afrique, tout est gaté!" chante Tiken
Jah Fakoly, et il ne nous ai pas laissé d'autres choix
que de souffrir de la chaleur avec les autres passagers...
Dans la galère, on peut souvent l'observer en France
lors des grèves ou de moments de difficultés,
les langues se délient et la discussion est encore
plus riche que d'habitude... Cette fois-ci, je fais la connaissance
de Issa Sidibé, un instituteur islamiste trés
sympathique. Nous échangeons et j'apprends beaucoup.
Ces classes comptent en moyenne 80 élèves et
parfois près de 100.. Il dit qu'il aimerait en avoir
encore plus, et pouvoir permettre aux 40% d'élèves
non scolarisés de recevoir une éducation minimum.
Il se rend dans un cercle religieux, pour organiser une future
rencontre d'évangélisation. Je lui parle de
mes convictions religieuses et nous entamons un dialogue pour
se comprendre l'un l'autre..
Il essaye de me persuader que la religion est un moyen d'apporter
la paix sur la terre. De mon coté, je lui parle des
excès de l'homme et des guerres dévastatrices
nées au nom de la religion. L'échange est passionant
et au final, nous nous comprenons, mais restons sur nos positions
respectives..
Malgré ces quelques heures de discussion, entrecoupées
par le passage de la frontière, là encore sans
aucun problèmes, le temps est long, et la chaleur inssuportable.
Lorsque nous descendons enfin du bus à Bamako, nous
avons la chance de tomber sur un des membres de l'organisation
du Forum qui attendait un membre d'Attac Côte d'Ivoire.
Il nous escorte rapidement retrouver notre ami Makcool, un
malien caméraman à l'ORTM, avec qui j'échange
des emails depuis plus d'un an. Il nous accueille chaleureusement
avant de nous amener à l'hotel ou nous pouvons enfin
jouir d'un repos réparateur... |