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:.Mamadou Maré .:

Sur la route entre la frontière nord du Togo et Ouagadougou..

Carte d'identité :

Prénom : Mamadou
Nom : Maré
Nationalité : Burkinabé
Age : 35 ans

Activités :

- Chauffeur
- Mécanicien

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Mamadou, il est à peine 6h00 du mat' quand je le rencontre un peu en dessous de la frontière Togo-Burkina de Cinkansé. Je lui demande si il sait ou sont les bus qui vont à Ouaga..
Depuis la, on va discuter à batons rompus pendant des heures, jusqu'à l'arrivée en plein aprés-midi à Ouagadougou. Il me raconte son histoire émouvante, que je vais tenter de retranscrire au mieux ici :

S'envoler vers l'Europe

1990 : Mamadou vit et travaille en Cote d'Ivoire. Il a son propre garage, ou avec quelques gars, il réalise des travaux de mécanique automobile. Son garage marche fort, c'est un bosseur, et cette activité lui permet en quelques années d'économiser la somme nécessaire pour s'envoler vers l'Europe, et la Belgique plus précisément, qui ne requiert pas de visa à l'époque... (1992)

Premiers pas sans papiers

Mais c'est surtout la France qui l'attire. Il prend donc un train qui l'améne à Paris, ou un ami se propose de l'héberger pour un temps. Il est en France dans l'illégalité, et il fait donc une demande de régularisation. On lui accorde un permis de séjour en attendant pour 3 mois.
Il n'a pas l'autorisation de travailler, mais il peut tout de même s'inscrire au permis de conduire. Il l'obtient rapidement, et commence alors à chercher du boulot...
Un ami lui trouve une place de distributeur de prospectus. Seulement, son permis de 3 mois vient à son terme. Il obtient 3 mois supplémentaires. Cela va durer ainsi pendant un an.

Il continue son job, illégalement, mais sans emcombres, il devient même chef d'équipe, avec son véhicule de service. Une embrouille avec son ami le pousse à prendre son propre appart.
Avec la petite aide financière qu'il reçoit de l'état, et son salaire(au black..), il s'en sort pas trop mal, et peut se permettre de payer une petite location...

Au bout d'un an en France, la nouvelle tombe. Sa demande de papiers est refusée. Il peut toujours déposer un recours. Il le fait donc ce qui va lui donner 6 mois de plus.
Il continue à vivre en France. Il a des amis. Un appart. Un boulot. Tout roule pour lui...
Quand il reçoit par courrier lui demandant de quitter le territoire dans un délai d'un mois, il enrage et décide de continuer à vivre et travailler en France comme si de rien n'était...

Souvent, il se fait controler, et des flics "sympas" le laissent en paix, tout en lui indiquant qu'un de ces 4, il risque d'avoir moins de chance.. Parfois, c'est tendu.. Il connait les nuits au poste, alors qu'il n'a rien fait.. On le garde, il négocie.. et au final au bout de plus de deux ans et demi en France, arrive ce qui devait arriver...

Première expulsion

Mi-janvier 95, il est en livraison pour son boulot à Cergy Pontoise lorsqu'il subit un simple controle de gendarmerie. Papiers du véhicule, assurance, papiers d'identité. La, les gendarmes voient qu'il n'est pas légal sur le territoire français. Ils lui demandent de les suivre au poste. Ce qu'il fait. Il va y rester 4 jours. Puis il est conduit à Roissy. Il va faire trois autres nuits là-bas, avant qu'un avocat ne lui indique son expulsion imminente. Il peut refuser. Mais un jeune policier lui explique que s'il refuse, il sera condamné pour un délit, il fera 3 mois de prison, et sera expulsé. Il revient donc à la raison et décide d'accepter la mesure prise à son encontre. Il pourra ensuite faire une demande de visa touristique, et donc revenir, sans avoir de casier..
Il se retrouve donc à Ouagadougou, sans avoir pu prévenir personne, sans même avoir pu repasser prendre quelques affaires..

Premier retour

Il revient donc dès la mi-avril avec un visa de 45 jours, grâce à ses économies du temps ou il était en France. Il reprend donc son boulot, son appart, que ses amis ont continués à payer pour lui pendant son absence en prétextant à la propriétaire un voyage d'affaires...
Au bout de 6 mois, il quitte son boulot car les relations avec son patron se sont détériorés.
Pendant ce temps, il s'est également rapproché d'un avocat qui aide les sans papiers. Il se ballade avec un papier de cet avocat certifiant que la demande de régularisation est en cours. Mais ce papier n'a aucune valeur juridique, et les policiers qui le controlent le lui rappellent sans cesse.
Mamadou dit faire partie de ces gens malchanceux qui peut subir plusieurs controles par jour tandis que d'autres ne vont être controlés qu'une ou deux fois par an...
Il est cependant chanceux quelque part, ou doué pour les baratiner puisque pour l'instant, il ne se fait pas expulsé à nouveau..

La rencontre qui va bien l'aider

Au bout de plus de 6 mois aprés son retour en France, il dégote un nouveau job de chauffeur auprès de l'ambassadeur du Congo Brazzaville, qui sait dès le début que Mamadou est sans papier. Il va l'aider dans un premier temps à obtenir des permis de séjour courts..
De 3 mois en 3 mois, son permis est renouvelé, et lui laisse donc le temps de faire ses preuves auprès de cet ambassadeur bien sympathique avec qui il s'entend merveilleusement bien..

Après plus d'un an de service, ce monsieur l'aide à obtenir une autorisation de séjour valable 10 ans.. La galère de Mamadou prend fin pour l'instant..

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"Certains migrants s'en tirent un peu mieux, d'autres beaucoup plus mal. Si des hommes volent, si en eux grandit la haine des gens biens vêtus et satisfaits, inutile de chercher à l'expliquer par leur origine ou par un défaut de leur caractère."
Steinbeck, cité dans le Monde Diplomatique du mois d'Aout 2003.

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Sans papiers, la lutte continue !

Je profite de l'ocasion de cette rencontre pour porter à votre connaissance ici deux textes du rassemblement des sans papiers, ouvriers, gens d'ici, et leurs amis, un collectif de Montauban dont les positions politiques sont trés claires et trés intéressantes.

Textes trouvés sur la liste de l'Actualité de l'Anarcho-syndicalisme
http://liste.cnt-ait.info
http://cnt-ait.info
Contact@cnt-ait.info
Reproduction, diffusion et traductions encouragées

Texte 1 :


Le Pen dit ce qu'il veut mettre en place, et Sarkozy le fait

Chirac a-t-il décidé de cohabiter dans les faits avec Le Pen ?

Un an après les manifestations anti-Le Pen, où êtes-vous ? Que dites-vous ?
Avez-vous changé d'avis ?

Pensez-vous que la politique proposée par Le Pen doit être mise en place par
Sarkozy ?

Le vote pour Chirac vous a-t-il rendu muets, complices ?

Cette passivité permet la politique extrémiste de Sarkozy.

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La politique du gouvernement et de Sarkozy c'est :

- Mise en place de charters pour expulser massivement et faire peur aux
ouvriers ;

- Contrôles et rafles incessants ; expulsions qui brisent la vie des gens ;

- Refus de considérer le travail fait ici : les ouvriers sans-papiers du
bâtiment, de la restauration, du
nettoyage, de l'agriculture.sont de nouveau traités de « clandestins », « d'
immigrés », d'étrangers à la
France, d'ennemis du pays ;

- Maintien de l'odieuse « loi des 10 ans » de Jospin/Chevènement, loi qui
dit que tu dois travailler 10 ans
sans droit et sans te faire expulser, pour espérer avoir peut-être les
papiers ;

- Modifications des lois (celle de 45 et le code civil) qui a pour but de
faire passer toute personne n'ayant
pas la nationalité française comme un suspect, un tricheur, un délinquant ;

- Refus faits aux ouvriers sans-papiers et à leurs familles de se soigner et
de se loger correctement ;

- Fichages massifs des gens qui hébergent des étrangers qui viennent visiter
la famille ou des amis ;
fichages des gens dés le dépôt de demande de visa ;

- cartes de résidents de 10 ans de moins en moins délivrées au profit de
cartes temporaires qui aggravent la précarité ;

- on arrête là, car la liste est encore longue.(nous avons étudié les
nouveaux textes et directives de
Sarkozy et nous sommes prêts à en discuter avec qui le veut.)

Pendant les mois d'avril, mai, juin 2002, pendant les élections, nous avons
dit partout, à tous ceux qui
voulaient bien l'entendre, que contre la politique lepéniste, il faut se
battre comme nous le faisons :

- Pour la France pour tous ceux qui l'habitent ;

- Pour que soit inscrit dans la loi et dans la constitution que
« quiconque vit ici, travaille ici, est d'ici » !

- Pour que soit mise en place immédiatement une
régularisation sans condition de tous les sans-papiers !

Si ce n'est pas cette politique qui se fait, alors c'est
la politique d'une France haineuse, de persécution, anti ouvrière, anti
populaire.

Un an après, regardez les faits. En vous en remettant à Chirac, nous avons
eu Le Pen.

Ne rien dire, ne pas prendre position, ne pas se mettre du côté des ouvriers
sans-papiers qui se battent pour les droits pour tous les ouvriers, c'est
accepter la politique de Le Pen, qu'elle soit appliquée par Sarkozy ou par
Le Pen lui-même. C'est attendre dans le silence les rafles massives, c'est
laisser faire la persécution au quotidien. C'est laisser se mettre en place
une politique extrémiste contre les gens les plus pauvres.

Au « Rassemblement des sans-papiers, ouvriers, gens d'ici, et leurs amis »,
vous le savez bien, on ne se décourage pas aussi vite car on ne compte pas
sur les partis, mais sur nous-mêmes.

Si vous voulez agir, vous aussi, vous le pouvez :

Nous avons des propositions concrètes d'organisation et d'actions pour qui
veut rejoindre cette bataille pour les droits pour tous !

Notre bataille est porteuse de réelle démocratie, car elle est pour tous
ceux qui vivent et travaillent ici ; elle est pour que le travail des gens
soit considéré et donne des droits ; elle est contre le mépris et pour le
respect de chacun, quelque soit sa situation de papiers ou de moyens
financiers.

Le Rassemblement des Sans-papiers, ouvriers, gens d'ici, et leurs amis

Pour les contacter :
Tous les dimanches de 11h à 12 au marché Saint-Sernin
Mél : [->Ouvriers.Gens.d.Ici@wanadoo.fr]

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Texte 2 :

Ouvriers sans-papiers, ne restez pas cachés, rejoignez le Rassemblement !
Avec et sans papiers, menons ensemble la bataille pour les droits pour tous !

« Je suis là, je veux me battre. Je conseille aux sans-papiers de se
présenter, de faire confiance au Rassemblement, de dire leur mot. De parler
et de faire, la main dans la main. »

Pour vivre tranquilles, il faut se montrer, il faut se battre.

Aujourd'hui, il n'y a pas de tranquillité possible pour les sans-papiers. On
l'a vu avec la rafle du 17 Juin
à Montauban : les policiers sont allés chercher les ouvriers agricoles chez
eux, dans les villages autour de
Montauban, dans les champs où ils travaillent, etc.

La seule protection possible, c'est de s'organiser, de se montrer et de se
battre. Il faut montrer à tout le
monde qu'on n'est pas des criminels ni des délinquants ou des gens louches,
mais qu'on est des ouvriers,
qu'on travaille sur les chantiers, dans les champs, le nettoyage, la
restauration etc...

Les sans-papiers, nous sommes là pour bosser, parce qu'il y a du travail
pour nous.

Nous vivons en France, nous y travaillons, nous sommes du pays.

Si nous restons cachés, qui nous voit ? Quand les policiers nous arrêtent, s
'en prennent à nous, si nous
sommes cachés, qui le sait assez tôt pour intervenir ?

Nous voulons vivre tranquilles, sans être tout le temps persécutés. Pouvoir
nous loger, nous promener,
envoyer nos enfants à l'école, nous reposer, nous soigner . comme tout le
monde. Nous voulons les
droits de notre travail. Pour cela, il faut se rassembler et se battre.

Rejoignez le « Rassemblement des sans-papiers, ouvriers, gens d'ici et
leurs amis » (Collectif de Montauban)

A la suite de la rafle du 17 Juin, nous avons décidé de nous organiser sur
Montauban avec le Rassemblement de Toulouse, et de constituer un collectif
sur Montauban. Sans-papiers et amis des sans-papiers, venez avec nous pour
mener la bataille pour la régularisation et gagner de la liberté pour les
sans-papiers.

- Au Rassemblement, on est des personnes, chacun parle en son nom, et on
est égaux
. On n'est pas un collectif d'organisations

- Au Rassemblement, on partage les mêmes principes :

* Qui vit ici, qui travaille ici, est d'ici et doit avoir les droits comme n
'importe qui d'autre dans le pays.

* Etre ouvrier ça compte, le travail ça compte.

* Le gouvernement doit ouvrir une régularisation générale de tous les
sans-papiers.

- Au Rassemblement, chacun est responsable de la bataille. On réfléchit
et on décide ensemble, et ensuite on le fait. On ne promet rien, on ne
trompe pas les gens. Beaucoup de ceux qui ont cru aux listes, ont cru au
Père Noël et sont tombés dans un piège. Les listes ont alimenté les fichiers
de la préfecture, et
la police a pu facilement arrêter les gens à leur domicile.
On sait que c'est dur de se décider, on est passés par là.

C'est pour ça qu'on a fait ce tract, pour nous faire connaître, pour vous
dire que c'est possible. A Toulouse, le Rassemblement existe depuis plus de
6 ans.

On sait qu'en se montrant, on peut gagner de vivre plus tranquilles, on
gagne de la liberté, on se bat et on
ne subit plus. On empêche les rafles, on gagne des régularisations, on
montre que le sans-papier n'est pas
un « clandestin », mais un ouvrier sans-droit, et on montre que les papiers,
c'est un droit et pas une charité.

On se réunit régulièrement pendant l'été. Discutez avec ceux qui distribuent
le tract pour les réunions.

Le Rassemblement des sans-papiers, ouvriers, gens d'ici, et leurs amis (
Collectif de Montauban

Pour les contacter :

Mél : [-> Ouvriers.Gens.d.Ici@wanadoo.fr]

Montauban, le 28/06/2003

>> Mathieu

 
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